À quelle vitesse les adolescents cessent-ils de s'influencer mutuellement, et ce que cela implique pour les comportements de santé
La pression des pairs est bien réelle. Mais de nouvelles simulations suggèrent que l'influence que les adolescents exercent les uns sur les autres s'estompe plus vite que la plupart des modèles ne le supposent, ce qui modifie notre façon d'envisager les interventions de santé.
Que les adolescents façonnent mutuellement leurs comportements, personne ne le conteste. Étude après étude, les amis ressortent comme l'un des meilleurs prédicteurs du fait qu'un adolescent fume, boive, fasse du sport ou s'engage dans des comportements risqués. Ce qui est plus difficile à cerner, c'est le mécanisme : comment un comportement se propage-t-il dans un réseau social, jusqu'où va-t-il, et à quelle vitesse l'influence d'un individu diminue-t-elle ? Une étude publiée dans Science utilise des simulations informatiques pour modéliser ces dynamiques dans les réseaux sociaux adolescents. Les résultats compliquent le tableau habituel.
Les chercheurs ont combiné des données issues d'études existantes sur les réseaux sociaux avec des modèles de simulation. Ils ont ainsi retracé comment les comportements se propagent et comment l'influence décroît avec la distance sociale. L'un des résultats les plus frappants est que cette influence individuelle s'estompe plus vite que ce que prévoient les modèles de diffusion classiques. Même au sein de groupes d'amis soudés, la capacité d'une personne à modifier le comportement d'une autre chute rapidement à mesure que la distance sociale augmente. Cette chute n'est pas progressive : elle s'accélère.
La structure du réseau compte autant que le comportement lui-même
Cela a des conséquences directes sur la façon dont les comportements sains ou néfastes se répandent. La sagesse conventionnelle en santé publique veut qu'un changement de comportement chez une personne influente, un membre populaire d'un groupe, se propage en ondulations dans le réseau. Les simulations remettent cela en question. Dans les réseaux très groupés, où la plupart des amis sont également amis entre eux, les comportements se diffusent rapidement au sein des groupes mais peinent à franchir la frontière vers d'autres groupes. La forme du réseau contraint la transmission au moins autant que la nature du comportement lui-même.
Pour les programmes de promotion de la santé destinés aux jeunes, cela change la donne. Les campagnes d'influence par les pairs, qui recrutent des adolescents populaires comme modèles, supposent implicitement une diffusion large. Mais si l'influence décroît vite et bute aux frontières des groupes, cette hypothèse ne tient peut-être pas. Les interventions pourraient être plus efficaces en ciblant les ponts entre les groupes : ces adolescents qui évoluent dans plusieurs cercles sociaux, plutôt que les figures les plus centrales d'un seul groupe.
Le comportement comme contagion, avec des différences importantes
L'étude s'inscrit dans un champ de recherche croissant qui modélise la diffusion sociale à partir de cadres empruntés à l'épidémiologie. Mais un comportement n'est pas un agent pathogène. Un virus se transmet par contact physique, indépendamment de toute signification. Un comportement, lui, se transmet par les normes, l'observation et les attentes sociales, ce qui le rend bien plus sensible au contexte, à l'interprétation et aux coûts et bénéfices perçus de son adoption.
Du point de vue de la longévité, les enjeux sont considérables. Les comportements liés au mode de vie qui prédisent fortement la santé à long terme, comme l'activité physique, le tabagisme, l'alimentation et le sommeil, se construisent en grande partie à l'adolescence, et cette construction passe par les réseaux sociaux. Comprendre à quelle vitesse l'influence du réseau s'efface, et où elle se bloque, est indispensable pour concevoir des actions de prévention précoce qui atteignent vraiment les personnes concernées.