La douleur nuit-elle à ton sommeil, et que peux-tu y faire ?
La douleur et le mauvais sommeil se renforcent mutuellement, mais le manque de sommeil aggrave généralement la douleur plus que l'inverse. Le traitement aux preuves les plus solides est la thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie (TCC-i), qui améliore le sommeil de façon démontrée, sans pour autant faire disparaître la douleur automatiquement.
La douleur et le mauvais sommeil se renforcent mutuellement, mais la relation n'est pas symétrique. Les études de population et les expériences en laboratoire montrent que les troubles du sommeil prédisent l'apparition et l'aggravation de la douleur chronique plus sûrement que l'inverse. La douleur perturbe ton sommeil, mais le manque de sommeil est le moteur le plus puissant des deux.
Pourquoi le manque de sommeil aggrave-t-il la douleur ? Cela tient probablement aux systèmes naturels qui freinent la douleur dans ton corps. Des expériences suggèrent que la privation de sommeil affaiblit ce frein, rendant la douleur plus intense. Les mécanismes possibles impliquent le système opioïde interne, le système immunitaire et la mélatonine. Ce n'est pas encore un fait clinique établi, mais les indications sont assez cohérentes pour être prises au sérieux.
Cumuler douleur chronique et mauvais sommeil rend les choses bien plus difficiles. Les personnes qui vivent les deux en même temps rapportent des douleurs plus fortes, un fonctionnement quotidien dégradé et davantage de troubles émotionnels que celles qui souffrent sans problèmes de sommeil. Ce sont des associations, pas des liens de cause à effet prouvés, mais le schéma est clair.
Le traitement qui repose sur les preuves les plus solides est la thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie, abrégée TCC-i. Une méta-analyse portant sur 67 essais cliniques randomisés chez des personnes atteintes de maladies chroniques, dont la douleur chronique, a montré de grandes améliorations sur la sévérité ressentie de l'insomnie, et des améliorations modérées sur le temps d'endormissement et l'efficacité du sommeil. L'abandon du traitement était faible et les effets indésirables graves, rares. La TCC-i comprend l'éducation au sommeil, la restriction du temps au lit, l'association du lit uniquement au sommeil (et non aux ruminations), ainsi que la restructuration des pensées négatives sur le sommeil.
La TCC-i n'atténue pas automatiquement ta douleur. Dans un essai clinique randomisé portant sur des personnes souffrant de lombalgie chronique et d'insomnie, le sommeil s'est nettement amélioré, mais l'intensité de la douleur à douze mois n'a pas diminué de façon significativement plus marquée qu'avec un traitement de la douleur seul. La TCC-i aide concrètement pour le sommeil, la fatigue et la déprime, mais ne l'attends pas comme un analgésique. Les analgésiques eux-mêmes peuvent d'ailleurs perturber davantage le sommeil : les opioïdes comme la morphine ont l'effet le plus néfaste sur la qualité du sommeil parmi tous les médicaments contre la douleur. Un programme classique de réadaptation à la douleur sans thérapie spécifique du sommeil apporte quand même quelque chose : 62 % des participants ont vu leurs troubles du sommeil reculer après dix semaines, mais seulement un tiers a atteint une amélioration cliniquement significative. En cas de problèmes de sommeil plus sévères, une approche ciblée comme la TCC-i est nécessaire.
Affirmations fondées sur plusieurs PMID, dont une méta-analyse de 67 essais cliniques randomisés et des études de population. Nombre de participants dans la méta-analyse : 5 232. La direction causale entre douleur et sommeil est bien étayée ; les mécanismes sous-jacents ne sont pas encore entièrement élucidés.