Comment les kangourous ont développé un émail plus épais, et ce que cela révèle sur nos propres dents
Les kangourous ont développé un émail dentaire épais de manière indépendante, tout comme plusieurs autres grands mammifères avant eux. Cela peut sembler une curiosité biologique, mais cela apprend aux scientifiques quelque chose de fondamental sur la façon dont le corps résiste à l'usure, et pourquoi nos dents sont mal adaptées aux régimes alimentaires modernes.
L'émail dentaire, la couche externe dure et blanche de tes dents, est le tissu le plus dur du corps humain. Mais il est incapable de se réparer. Une fois disparu, il l'est définitivement. D'un point de vue évolutif, l'épaisseur de l'émail résulte d'un compromis : un émail plus épais résiste mieux à l'abrasion, mais coûte plus cher à produire et peut se fissurer sous certaines contraintes mécaniques. De nombreux animaux ont un émail relativement fin, précisément adapté à leur régime alimentaire.
L'évolution convergente comme expérience naturelle
Les kangourous mangent de l'herbe. L'herbe contient des particules de silice, de minuscules granules abrasifs qui éroden l'émail à chaque bouchée. C'est un défi sérieux pour les dents. L'étude, publiée dans Science, montre que les kangourous ont développé un émail épais en réponse directe à ce régime abrasif. Mais la découverte centrale est que d'autres mammifères y sont parvenus aussi, de façon totalement indépendante. Les scientifiques appellent cela l'évolution convergente : des espèces sans lien de parenté aboutissent à la même solution face au même problème.
Cette convergence suggère qu'il n'existe qu'un nombre limité de solutions viables à certains problèmes biologiques. Pour l'épaisseur de l'émail, il semble exister un seuil au-delà duquel plus épais vaut mieux, et les voies génétiques et moléculaires qui y mènent paraissent prévisibles. C'est une information précieuse pour les chercheurs qui travaillent sur la carie dentaire chez l'être humain.
Ce que cela signifie pour la santé dentaire humaine
La situation humaine est paradoxale. Nos dents présentent un émail relativement épais au regard des standards évolutifs. Pourtant, l'alimentation moderne, riche en sucres et en acides, détruit cet émail d'une façon pour laquelle nos ancêtres n'ont jamais été sélectionnés. La carie n'est pas simplement le résultat d'un brossage insuffisant. Elle traduit aussi un décalage entre un corps façonné par des millions d'années d'évolution et un régime alimentaire radicalement transformé en deux cents ans.
L'étude sur les kangourous n'apporte pas de solution immédiate, mais elle aide les scientifiques à identifier les gènes et les processus moléculaires qui déterminent l'épaisseur de l'émail. Une fois ces mécanismes compris, la question sera de savoir s'ils peuvent être influencés par des médicaments, et si l'émail pourrait un jour, sous une forme ou une autre, être stimulé pour se régénérer. Cela reste lointain. Mais la biologie fondamentale se précise, et c'est là que tout traitement éventuel devrait prendre racine.