La reprogrammation cellulaire lève des centaines de millions, encore une fois
Une seule technique de la biologie du vieillissement concentre la quasi-totalité des investissements. Ce déséquilibre interroge sur ce qui reste dans l'ombre.
NewLimit vient de lever 435 millions de dollars dans le cadre d'un tour de table de série C consacré à la reprogrammation épigénétique, comme le rapporte Fight Aging!. La société cible les cellules hépatiques, avec l'ambition de faire se comporter des cellules de foie âgées comme si elles étaient jeunes. Cette démarche relève de ce que les chercheurs appellent la reprogrammation partielle.
Qu'est-ce que la reprogrammation partielle ?
Les cellules conservent la trace de leur histoire au fil du vieillissement. Cette trace est inscrite dans des marques épigénétiques : des étiquettes chimiques portées par l'ADN, qui déterminent quels gènes sont actifs. La reprogrammation partielle consiste à effacer ces marques en partie, sans pousser la cellule jusqu'à la dédifférenciation complète, c'est-à-dire sans lui faire perdre son identité tissulaire. L'objectif est que les cellules retrouvent un fonctionnement proche de celui qu'elles avaient à un stade plus jeune, tout en restant ce qu'elles sont.
Aux côtés de NewLimit, Retro Bio, Life Biosciences et l'imposant Altos Labs financent des programmes similaires. Des capitaux considérables ont déjà afflué vers ce seul domaine au cours de la seule année écoulée. D'autres pistes en biologie du vieillissement, notamment les sénolytiques (des molécules qui éliminent les cellules sénescentes, c'est-à-dire des cellules âgées qui cessent de se diviser tout en restant actives de façon délétère), recueillent bien moins de financements malgré un corpus de données animales plus vaste et plus ancien, selon l'analyse de Fight Aging!
Ce qui passe à la trappe
La concentration des investissements sur la reprogrammation a un revers. Les programmes précliniques prometteurs qui explorent d'autres pistes manquent de financement. La fameuse vallée de la mort, cet intervalle difficile à franchir entre les premiers travaux en laboratoire et un premier essai clinique chez l'humain, reste un obstacle redoutable pour ces approches.
L'innocuité et l'efficacité de la reprogrammation chez l'humain restent à démontrer. Life Biosciences prépare des études cliniques ; NewLimit vise des essais chez l'humain dans un avenir proche. Les prochaines années apporteront les premières réponses à la question de savoir si cette vague d'investissements était justifiée.
Du point de vue de la longévité, il est frappant de constater à quel point la logique financière oriente le champ de recherche, indépendamment de la solidité scientifique relative de chaque approche.