Le rythme cardiaque pendant le sommeil reflète la consolidation de la mémoire
Le cœur accélère et ralentit selon un schéma lent et régulier durant le sommeil. Une nouvelle étude montre que ce rythme est directement lié à la façon dont le cerveau ancre les souvenirs pendant la nuit. Les battements du cœur deviennent ainsi une fenêtre inattendue sur la qualité du sommeil.
Durant le sommeil NREM (la phase profonde, sans rêves), une région du tronc cérébral appelée locus coeruleus libère la noradrénaline, un messager chimique, en impulsions lentes à un rythme d'environ une fois toutes les cinquante secondes. Ces impulsions produisent des fuseaux de sommeil, c'est-à-dire de brèves bouffées d'activité cérébrale indispensables à la consolidation de la mémoire, le processus qui transforme les expériences à court terme en souvenirs durables.
Les chercheurs, qui publient dans eLife, ont découvert que ces mêmes impulsions de noradrénaline influencent aussi le rythme cardiaque. Chaque impulsion coïncide avec un bref ralentissement du cœur. Plus ces fluctuations cardiaques sont marquées, plus les fuseaux de sommeil sont nombreux et plus les participants réussissent les tests de mémoire le lendemain matin. Ce lien a été observé à la fois chez la souris et chez l'humain.
Ce que cela implique pour le vieillissement
Le lien avec le vieillissement tient au locus coeruleus lui-même. Cette région du tronc cérébral est parmi les premières touchées dans les maladies neurodégénératives comme Parkinson et Alzheimer. À mesure qu'elle se détériore, les impulsions de noradrénaline s'affaiblissent, les fuseaux de sommeil diminuent et les fluctuations cardiaques associées s'atténuent.
Les chercheurs suggèrent que mesurer la variabilité infralentre du rythme cardiaque durant le sommeil, c'est-à-dire ses oscillations très lentes, pourrait servir de marqueur non invasif du fonctionnement du tronc cérébral. En principe, une montre connectée pourrait détecter les premiers signes d'un déclin du locus coeruleus avant même l'apparition de symptômes cognitifs.
Ce qui reste à élucider
L'étude établit une association claire, mais elle est préliminaire. Des études longitudinales à plus grande échelle devront déterminer si une faible variabilité cardiaque durant le sommeil prédit véritablement une maladie neurodégénérative. On ignore également si améliorer l'architecture du sommeil pourrait ralentir le déclin du locus coeruleus.
Ce qui est établi, en revanche, c'est que le lien entre les battements du cœur, le tronc cérébral et la mémoire est plus étroit qu'on ne le pensait. Cela ouvre des perspectives concrètes pour un diagnostic précoce à l'aide de dispositifs portables.
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