Les cellules immunitaires du cerveau portent des mutations liées à Alzheimer
Le cerveau des patients Alzheimer contient des cellules présentant des erreurs d'ADN absentes des cerveaux sains. La question est de savoir si ces erreurs sont une conséquence de la maladie ou l'une de ses causes.
Une nouvelle étude publiée dans Nature Aging s'est penchée sur ce qu'on appelle des variants somatiques dans les cellules de type microglial. Les variants somatiques sont des mutations de l'ADN qui ne sont pas héréditaires : elles apparaissent au cours de la vie dans certaines cellules isolées. Les chercheurs ont analysé des tissus cérébraux prélevés sur des personnes atteintes ou non de la maladie d'Alzheimer. Ils ont observé un schéma clair : les tissus des patients Alzheimer contenaient davantage de ces mutations, et celles-ci se trouvaient plus souvent dans des gènes impliqués dans la maladie.
Les microglies sont les cellules immunitaires du cerveau. Elles éliminent les protéines nocives, régulent l'inflammation et jouent un rôle central dans l'évolution d'Alzheimer. Si leur ADN porte des mutations qui altèrent leur fonctionnement, leur capacité à protéger le cerveau peut s'en trouver compromise. Cela contribuerait à expliquer pourquoi les microglies fonctionnent mal chez les patients Alzheimer.
Des mutations comme cause, pas seulement comme conséquence
La question centrale est celle du sens de la causalité. Les recherches antérieures portaient surtout sur les facteurs de risque génétiques héréditaires. Cette étude se concentre sur les mutations qui apparaissent dans les cellules au fil du temps. Elle concerne donc aussi les personnes sans antécédents familiaux d'Alzheimer, soit la majorité des patients.
Ces résultats rejoignent une idée plus large dans la recherche sur le vieillissement : l'accumulation de mutations somatiques au fil du temps contribue au dysfonctionnement des cellules et des tissus. Ici, ce ne sont pas des cellules ordinaires de l'organisme qui sont en cause, mais précisément les cellules immunitaires chargées de protéger le cerveau.
Et maintenant ?
Si certaines mutations dans les microglies participent au développement d'Alzheimer, cela ouvre de nouvelles pistes pour un diagnostic précoce. Quelles mutations apparaissent chez quels individus, et à quel moment ? Ce sont des questions auxquelles les nouvelles technologies de séquençage permettent de répondre de façon croissante. Leur utilité thérapeutique reste, elle, encore lointaine. Mais cette étude affine notre compréhension d'Alzheimer comme une maladie dans laquelle l'instabilité génétique des cellules immunitaires joue un rôle actif.