Les cellules sénescentes perturbent la réparation cardiaque après un infarctus
Après un infarctus, l'organisme déclenche une réponse de réparation. Mais cette réponse peut se retourner contre lui. Les cellules sénescentes semblent jouer un rôle central dans le basculement de la guérison vers des lésions chroniques.
Lorsqu'une artère bouchée prive une partie du cœur d'oxygène, les cellules survivantes peuvent entrer dans un état appelé sénescence cellulaire. Elles cessent de se diviser et commencent à sécréter un cocktail de molécules inflammatoires, désigné collectivement sous le nom de phénotype sécrétoire associé à la sénescence (SASP). À court terme, ce mécanisme est utile : les facteurs du SASP recrutent des cellules immunitaires qui éliminent les tissus morts et coordonnent la formation de tissu cicatriciel.
Cependant, les chercheurs décrivent comment ce processus devient néfaste lorsque les cellules sénescentes persistent trop longtemps. Dans la zone cicatricielle, un SASP prolongé sur-stabilise le tissu. Dans la zone frontière adjacente, il perturbe la conduction électrique, ce qui peut déclencher des arythmies. Dans le tissu sain environnant, il entraîne un remodelage compensatoire susceptible de conduire à terme à une insuffisance cardiaque.
Le moment et la localisation déterminent l'issue
L'un des enseignements majeurs de cette revue est que le SASP n'est pas uniforme dans l'espace ni dans le temps. En phase aiguë, immédiatement après l'obstruction artérielle, il amplifie l'inflammation et le recrutement immunitaire. En phase subaiguë, il contribue à résoudre l'inflammation et à former le tissu cicatriciel. En phase chronique, plusieurs semaines à plusieurs mois plus tard, il favorise une fibrose pathologique et une instabilité électrique. Éliminer l'ensemble des cellules sénescentes dès l'infarctus serait donc probablement contre-productif, car cela perturberait la réponse précoce de guérison dont l'organisme a besoin.
Les sénolytiques : une question de fenêtre thérapeutique
Les chercheurs avancent que les traitements sénolytiques, qui détruisent sélectivement les cellules sénescentes, pourraient bénéficier aux patients cardiaques s'ils sont administrés au bon moment. Cette fenêtre optimale n'a pas encore été établie. Des travaux antérieurs ont déjà montré que des sénolytiques comme le dasatinib et la quercétine éliminent efficacement les cellules sénescentes des tissus vieillis. Reste à déterminer, dans des essais cliniques à mener, si une application ciblée dans le temps après un infarctus du myocarde peut limiter les lésions cardiaques chroniques.
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