Les feux de forêt tuent par un mécanisme méconnu
Les feux de forêt sont plus dangereux qu'ils n'y paraissent. Au-delà de la fumée et des suies, l'ozone qu'ils produisent tue des gens, un effet largement ignoré jusqu'à présent.
Quand les forêts et la végétation brûlent, elles libèrent non seulement des particules fines et des suies, mais aussi des composés chimiques. Ces composés réagissent avec la lumière du soleil dans l'atmosphère et forment de l'ozone (O₃). L'ozone au niveau du sol, à ne pas confondre avec la couche protectrice en haute stratosphère, est nocif pour les poumons et le système cardiovasculaire.
L'étude, publiée dans Science, quantifie pour la première fois la part de mortalité attribuable à l'ozone issu des incendies. La conclusion est préoccupante : cet effet est considérable et échappe aux modèles standard utilisés par les gouvernements pour évaluer l'impact sanitaire des feux de forêt.
Exposition chronique et vieillissement
L'exposition à l'ozone n'est pas seulement dangereuse à court terme. Une exposition prolongée à des niveaux élevés accélère le vieillissement des poumons, augmente le risque de maladies pulmonaires chroniques et aggrave le risque cardiovasculaire. Le mécanisme en cause est le stress oxydatif, c'est-à-dire les dommages cellulaires provoqués par des molécules d'oxygène réactives. C'est précisément ce processus qui joue un rôle central dans le vieillissement biologique en général.
Avec le changement climatique, les incendies deviennent plus fréquents et plus intenses. Davantage de personnes, y compris celles qui vivent loin des flammes, se retrouvent ainsi exposées à des concentrations élevées d'ozone. Les zones urbaines situées sous le vent des régions touchées sont particulièrement vulnérables, car l'ozone se déplace sur de longues distances.
Un angle mort des politiques de santé
Ces travaux ont des répercussions directes sur les politiques publiques. Les modèles de qualité de l'air qui ignorent l'ozone des incendies sous-estiment les dommages sanitaires. Les personnes âgées et celles qui souffrent déjà d'une maladie pulmonaire ou cardiaque sont les plus exposées. Du point de vue de la longévité, il s'agit d'un facteur extérieur qui pèse sur la santé en fin de vie et échappe largement à la volonté individuelle. C'est donc un problème collectif et politique, pas seulement médical.