Les globules rouges disposent d'une voie secrète pour transporter l'oxygène sous stress
Le corps possède un plan de secours lorsque la production de globules rouges vacille. Des chercheurs ont mis au jour une voie inconnue permettant aux globules rouges de s'approvisionner en hémoglobine même quand leur source habituelle est coupée. La découverte ouvre de nouvelles perspectives pour traiter l'anémie.
L'hémoglobine est la protéine contenue dans les globules rouges qui transporte l'oxygène dans l'organisme. Pour fabriquer de l'hémoglobine, ces cellules ont besoin d'hème, un composant moléculaire contenant du fer. Dans des conditions normales, les globules rouges produisent la majeure partie de leur hème au cours de leur développement dans la moelle osseuse. Mais une nouvelle étude publiée dans Science montre qu'une deuxième voie d'approvisionnement existe : les globules rouges peuvent aussi capter de l'hème provenant des cellules voisines, selon un mécanisme qui n'avait jamais été décrit auparavant.
Ce mécanisme d'acquisition d'hème dit non autonome s'avère particulièrement actif en situation de stress. C'est le cas, par exemple, lorsque l'organisme doit produire rapidement un grand nombre de nouveaux globules rouges après une perte de sang, ou lors d'une anémie hémolytique, une maladie dans laquelle les globules rouges sont détruits plus vite qu'ils ne peuvent être remplacés. Dans ces situations, la production interne d'hème ne suffit plus. La voie nouvellement découverte comble ce manque.
Un filet de sécurité présent depuis toujours
Ce qui rend la découverte frappante, c'est que ce mécanisme n'est pas nouveau : il existait depuis toujours, mais personne ne l'avait jamais identifié. Les chercheurs ont utilisé des modèles chez la souris et des expériences en culture cellulaire pour cartographier cette voie. Ils ont identifié des protéines de transport spécifiques responsables du transfert d'hème entre les cellules. Ces protéines s'expriment précisément lorsque l'érythropoïèse, c'est-à-dire la production de globules rouges, est mise sous pression.
Pour les patients atteints d'anémie chronique, de drépanocytose ou de thalassémie, des maladies sanguines héréditaires dans lesquelles la production d'hémoglobine est perturbée, ce mécanisme pourrait offrir une prise thérapeutique. S'il s'avère possible d'activer ou de stimuler cette voie par des médicaments, cela pourrait améliorer l'apport en oxygène sans recourir à une greffe de moelle osseuse.
Vieillissement et anémie
Il existe aussi un lien direct avec le vieillissement. L'anémie est nettement plus fréquente chez les personnes âgées. Elle est associée à la fatigue, au déclin cognitif, à un risque accru de chutes et à une mortalité plus élevée. Environ un tiers des adultes de plus de 65 ans présentent une forme d'anémie. Dans une partie de ces cas, aucune cause sous-jacente claire ne peut être identifiée : c'est ce qu'on appelle l'anémie inexpliquée du vieillissement. La question est de savoir si un affaiblissement du mécanisme d'acquisition d'hème joue un rôle dans ce tableau clinique.
Cette étude n'apporte pas de réponse, mais elle pose la question implicitement. Ce que la recherche établit clairement, en revanche, c'est que la biologie des globules rouges est plus complexe qu'on ne le pensait. Des cibles thérapeutiques existent encore que, jusqu'à très récemment, personne ne soupçonnait.