L'appendice est-il finalement utile à ton microbiote intestinal ?
L'appendice semble bel et bien avoir une utilité : réservoir de bactéries pour ton microbiote et site de production d'anticorps protecteurs. Si tu as encore ton appendice, il n'y a aucune raison de t'inquiéter ; si tu l'as fait retirer, cela ne justifie pas d'action particulière dans la plupart des cas, mais cela souligne que cet organe était loin d'être aussi inutile qu'on le croyait.
L'appendice abrite un biofilm bactérien dense qui libère en continu des bactéries vers la paroi intestinale. Les chercheurs pensent qu'il pourrait agir comme un réservoir de bactéries bénéfiques : après un épisode de diarrhée sévère, il aiderait le côlon à se recoloniser en bonne flore. La diversité bactérienne qu'on y trouve est aussi grande que dans le côlon lui-même. Ce mécanisme est biologiquement plausible, mais aucune étude contrôlée chez l'humain ne l'a encore confirmé.
L'appendice remplit aussi un rôle immunitaire. Son tissu est riche en lymphocytes, à l'image de structures comparables dans l'intestin grêle, et c'est un site majeur de production des IgA. Ces anticorps régulent la composition et la densité du microbiote intestinal. Cette fonction s'est maintenue au fil de l'évolution, ce qui indique que l'appendice n'est pas un simple vestige sans utilité.
Les personnes ayant subi une appendicectomie (ablation chirurgicale de l'appendice) présentent un microbiote légèrement différent. Sur le plan épidémiologique, on observe un risque accru de déséquilibre du microbiote (dysbiose), et plusieurs données suggèrent que la guérison de certaines maladies intestinales, comme les infections récurrentes à Clostridioides difficile, est plus difficile sans appendice. Ce sont des associations : rien ne prouve que l'ablation en soit la cause directe, d'autres facteurs pouvant intervenir.
Plusieurs grandes études de cohorte révèlent pourtant un schéma inverse pour une maladie précise : les personnes sans appendice semblent moins susceptibles de développer une rectocolite hémorragique (une inflammation chronique de l'intestin) et de présenter des poussées par la suite. Des études menées chez des patients atteints de cette maladie ont également détecté davantage de cellules immunitaires activées dans le tissu appendiculaire, ce qui laisse penser que l'appendice joue un rôle dans la réaction inflammatoire propre à cette pathologie. Les mécanismes exacts restent flous, et les résultats font encore débat.
Le lien avec le cancer colorectal demeure incertain. Des signaux épidémiologiques ont été rapportés, mais les preuves sont trop limitées pour tirer la moindre conclusion sur la causalité.
D'après des études de revue et des études épidémiologiques, un essai clinique de petite taille (n=85) et des recherches sur modèles animaux. Aucun essai d'intervention contrôlé chez l'humain n'est disponible à ce jour.