Des cellules pulmonaires préservées du vieillissement en ignorant l'inflammation
Certaines cellules de l'organisme sont protégées de leur propre réponse immunitaire. Ce qui ressemble à un défaut de conception s'avère en réalité une stratégie protectrice intelligente, qui préserve leur fonctionnement.
Des chercheurs ont découvert chez la drosophile comment les cellules trachéales terminales, derniers ramifications du système respiratoire, occupent un statut particulier au sein du système immunitaire. Ces cellules sont dites immuno-privilégiées : elles ne réagissent pas aux infections bactériennes, contrairement aux cellules respiratoires qui les entourent.
L'explication s'est révélée simple. Ces cellules sont dépourvues d'un récepteur spécifique (PGRP-LC) qui permet normalement de détecter les fragments bactériens. Cette absence empêche l'activation de la cascade de signalisation immunitaire (la voie Imd). L'étude, publiée dans eLife, montre qu'il ne s'agit pas d'une lacune fortuite, mais d'une caractéristique conservée au cours de l'évolution dans ce groupe cellulaire.
Inflammation et structure, deux impératifs incompatibles
Pourquoi cette protection est-elle nécessaire ? Les cellules trachéales terminales doivent en permanence modifier leur forme en réponse à un manque d'oxygène ou à des variations nutritionnelles. Cette plasticité est assurée par la protéine FoxO. Or, l'activation du système immunitaire mobilise exactement la même protéine, ce qui entraîne la mort cellulaire et la perte des ramifications.
Lorsque les chercheurs ont introduit artificiellement le récepteur immunitaire dans ces cellules, le résultat a été frappant : les cellules ont perdu leurs ramifications, se sont endommagées et sont mortes. Ces dommages ont pu être évités en désactivant FoxO ou la protéine de signalisation AP-1.
Ce que cela révèle sur le vieillissement
Dans la recherche sur la longévité, la tension entre inflammation et plasticité cellulaire est un thème récurrent. À mesure que les tissus vieillissent, une inflammation chronique de faible intensité s'installe, phénomène connu sous le nom d'inflammaging. Cette inflammation altère la capacité des cellules à s'adapter. L'étude fournit un exemple moléculaire concret de ce conflit : le même facteur de transcription qui confère la flexibilité cellulaire est également recruté lors de l'activation immunitaire, et ces deux fonctions sont incompatibles.