Des crânes fossiles révèlent comment la vision des primates a façonné le cerveau
Les primates possèdent une vision exceptionnellement fine comparée à celle des autres mammifères. Des chercheurs ont retracé l'origine évolutive de cette capacité jusqu'à la structure même de la couche externe du cerveau.
Des scientifiques ont publié dans Science des données fossiles qui étayent l'idée que le néocortex (la couche la plus externe du cerveau, responsable des fonctions cognitives supérieures) s'est développé de façon modulaire chez les primates, sous l'influence prépondérante du système visuel. L'équipe a analysé des moulages endocrâniens d'espèces de primates éteintes et les a comparés à ceux de leurs parents vivants.
Le néocortex des primates est plus grand que celui des mammifères apparentés, mais il ne croît pas de manière uniforme. Les chercheurs montrent que les régions visuelles se sont étendues plus rapidement que les autres zones cérébrales au cours de l'évolution des primates. Ce schéma est visible dès les premiers primates, apparus il y a plusieurs dizaines de millions d'années, et conforte l'hypothèse selon laquelle la vision des couleurs à haute résolution aurait été un moteur déterminant de l'augmentation spectaculaire du volume cérébral observée dans toute la lignée des primates.
Au-delà de l'histoire évolutive
Il s'agit de recherche fondamentale, mais elle rejoint une question pertinente pour la science de la longévité : comment le néocortex humain est-il organisé, et qu'est-ce qui le rend vulnérable ou résistant au vieillissement ? Si le néocortex s'est constitué de façon modulaire, avec des régions relativement indépendantes, le vieillissement pourrait lui aussi toucher ces régions à des rythmes différents. Les aires visuelles, si largement étendues chez les primates, sont précisément celles qui peuvent être atteintes par les maladies oculaires et cérébrales liées à l'âge.
L'étude éclaire également la raison pour laquelle des pathologies comme la démence altèrent si profondément la perception spatiale et le traitement visuel : ces fonctions reposent sur les régions qui ont connu la plus forte expansion évolutive chez l'être humain.
Quelles perspectives ?
Pour l'heure, il s'agit de neurosciences évolutives sans application clinique directe. Ces travaux affinent toutefois la compréhension de l'organisation du néocortex humain, ce qui pourrait, à terme, aider à identifier les régions les plus susceptibles de dégénérer chez les personnes âgées.
Vous souhaitez approfondir le sujet ?
Exemples de termes à rechercher :
- neocortex modular evolution primates
- visual cortex brain development
- neurodegeneration cortical vulnerability