Des structures ARN-ADN dans les cellules vieillissantes alimentent une inflammation généralisée
Les cellules sénescentes provoquent une inflammation dans tout l'organisme. Des chercheurs viennent d'identifier le mécanisme précis qui sous-tend ce processus. Il implique des structures présentes à l'intérieur de la cellule, là où elles ne devraient normalement pas se trouver.
Lorsqu'une cellule vieillit et cesse de se diviser, elle entre dans un état appelé sénescence. La cellule ne meurt pas, mais elle abandonne ses fonctions habituelles. En revanche, elle sécrète activement des substances pro-inflammatoires. Cet ensemble de facteurs sécrétés porte le nom de SASP (senescence-associated secretory phenotype, ou phénotype sécrétoire associé à la sénescence). Le SASP est l'une des principales raisons pour lesquelles les cellules sénescentes nuisent aux tissus environnants.
La régulation précise du SASP restait mal comprise. Les chercheurs ont désormais montré que les R-loops jouent un rôle clé dans ce processus. Les R-loops sont des structures à trois brins formées lorsque de l'ARN se lie à l'ADN à l'intérieur du noyau cellulaire. En temps normal, elles participent à la réparation des dommages de l'ADN. Mais dans les cellules sénescentes, elles s'accumulent, s'échappent dans le cytoplasme situé hors du noyau et y déclenchent une réponse d'alarme qui génère des signaux inflammatoires.
L'ARN là où il ne devrait pas être
Le problème ne tient pas à l'existence des R-loops, mais au fait que, dans les cellules sénescentes, elles ne sont pas correctement éliminées et fuient hors du noyau. Une fois dans le cytoplasme, elles sont reconnues comme des signaux étrangers, à la manière dont le système immunitaire réagit à l'intrusion d'un virus. Une réponse inflammatoire s'enclenche alors, conduisant à la sécrétion de substances pro-inflammatoires qui endommagent les tissus voisins.
Cette découverte intéresse la recherche sur la longévité parce qu'elle offre une nouvelle cible thérapeutique potentielle. Réduire l'accumulation ou la fuite des R-loops pourrait permettre de freiner partiellement le SASP. L'étude apporte un éclairage mécanistique, pas une thérapie ; savoir si une telle intervention est techniquement réalisable et sans danger reste une question ouverte.
L'inflammation systémique comme moteur du vieillissement
Le vieillissement s'accompagne d'une élévation progressive d'une inflammation chronique de bas grade dans tout l'organisme. Les cellules sénescentes y contribuent via leur SASP. Ces travaux fournissent une explication plus concrète de cette contribution : les structures ARN-ADN qui s'accumulent dans le cytoplasme maintiennent le système immunitaire dans un état d'activation persistante.