Inflammation chronique et horloge biologique du vieillissement : des liens plus étroits qu'on ne le pensait
Deux des phénomènes les plus étudiés dans la recherche sur le vieillissement -- l'inflammation chronique de bas grade et l'horloge biologique des cellules -- sont plus intimement liés qu'on ne le croyait. Une nouvelle étude cartographie pour la première fois en détail la façon dont ils s'influencent mutuellement, et ce que cela implique pour la recherche d'interventions.
L'âge biologique n'est pas l'âge civil. Les cellules et les tissus peuvent paraître moléculairement plus vieux que l'acte de naissance ne le suggère, ou plus jeunes. L'âge biologique se mesure à l'aide d'horloges épigénétiques : des méthodes qui examinent les marqueurs chimiques posés sur l'ADN et qui évoluent au fil des années. À côté de cela existe l'inflammaging (contraction de l'anglais inflammation et aging), soit l'accumulation progressive d'une inflammation chronique de bas grade qui caractérise le corps vieillissant. Ce phénomène est associé à la démence, aux maladies cardiovasculaires, au diabète et au cancer.
La nouvelle étude, publiée dans Cell Genomics, apporte un éclairage mécanistique : l'inflammaging n'accompagne pas simplement le vieillissement épigénétique, il semble l'accélérer activement. Les chercheurs ont analysé la relation entre des marqueurs inflammatoires dans le sang et les résultats de quatre horloges épigénétiques différentes au sein d'une large population. Les corrélations sont solides : des niveaux d'inflammation plus élevés sont associés à un vieillissement biologique accéléré, indépendamment des autres facteurs.
Quel est le mécanisme ?
Le lien de causalité n'est pas encore définitivement établi. Une corrélation observée dans des études de population ne prouve pas un rapport de cause à effet. La plausibilité biologique est néanmoins convaincante. Les signaux inflammatoires peuvent modifier directement les marques épigénétiques : ils activent des enzymes qui ajoutent ou retirent des groupes méthyle sur l'ADN. Ce sont précisément ces modifications que des horloges comme GrimAge et PhenoAge enregistrent. Dans le même temps, des cellules épigénétiquement vieillies peuvent elles-mêmes sécréter davantage de molécules inflammatoires, créant ainsi un cercle auto-entretenu.
Ce mécanisme a son importance, car il indique où des interventions pourraient être efficaces. Atténuer l'inflammaging -- par l'alimentation, l'exercice physique ou des médicaments ciblés comme les inhibiteurs de NLRP3 actuellement en essais cliniques -- pourrait théoriquement ralentir l'horloge biologique. L'inverse est également envisageable : des interventions qui rajeunissent l'âge épigénétique, comme des protocoles de reprogrammation testés chez l'animal, pourraient réduire l'inflammaging en effet secondaire.
Mesurer n'est pas comprendre
Une réserve s'impose : les horloges épigénétiques mesurent quelque chose de réel, mais exactement quoi reste débattu. Elles sont calibrées sur des données de population et prédisent un risque statistique. Elles ne reflètent pas parfaitement l'âge fonctionnel d'une cellule individuelle. La même incertitude vaut pour l'inflammaging : l'inflammation chronique n'est pas un phénomène unique, mais un ensemble de processus immunitaires qui se chevauchent. Que ces deux systèmes soient liés constitue un résultat précieux, mais le traduire en interventions concrètes et mesurables nécessite encore un travail considérable.