L'alimentation du père influence le développement précoce de ses enfants
Ce que mange un père avant la conception influe sur le développement de ses enfants. Une étude sur des souris montre que la surnutrition comme la sous-nutrition laissent des traces chez la descendance, et que les effets varient selon le sexe de l'enfant.
Le lien entre l'alimentation d'une mère et la santé de son enfant est bien documenté. Que l'alimentation du père joue également un rôle est bien moins reconnu. Pourtant, les données s'accumulent : le régime alimentaire paternel avant la fécondation peut influencer le développement précoce de l'embryon et du placenta, par des modifications des spermatozoïdes distinctes de l'ADN lui-même.
Les chercheurs ont nourri des souris mâles pendant huit semaines selon quatre régimes différents : un régime témoin, un régime pauvre en protéines, un régime occidental riche en graisses et en sucres, ou l'un de ces deux derniers complété par des donneurs de méthyle. Les donneurs de méthyle sont des composés capables d'agir sur la régulation des gènes sans modifier l'ADN lui-même, un mécanisme appelé épigénétique. Après l'accouplement, les mères et leur descendance ont été suivies.
Ce que révèle le placenta
Les souris soumises au régime occidental présentaient une masse grasse accrue, des modifications du microbiote intestinal et une expression altérée de certains gènes dans les testicules. Après la fécondation, le placenta s'est révélé modifié. Normalement, des centaines de gènes sont différentiellement actifs entre les placentas mâles et femelles. Chez la descendance de pères ayant suivi un régime altéré, cette différence avait largement disparu. C'est un résultat frappant : la différenciation sexuée du placenta semble perturbée par l'alimentation paternelle.
La fertilité de base des pères est restée intacte. Les effets sont apparus plus tard, dans la structure placentaire et le poids précoce des embryons, ce qui rend leur détection précoce plus difficile.
L'épigénétique comme pont entre les générations
L'étude, publiée dans eLife, apporte un indice mécanistique : via des signaux épigénétiques portés par les spermatozoïdes, les choix alimentaires du père pourraient se transmettre à la génération suivante. La façon dont ce phénomène opère chez l'être humain reste à élucider. Ces résultats élargissent néanmoins la réflexion sur la santé préconceptionnelle à l'ensemble des deux parents.
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