La croissance précoce façonne la connectivité cérébrale
La vitesse à laquelle un bébé grandit durant ses deux premières années détermine comment son cerveau se câble. Ce câblage prédit ensuite la souplesse de pensée de l'enfant des années plus tard.
Des chercheurs ont suivi des enfants en Gambie rurale de 5 mois à un peu plus de 2 ans. Ils ont mesuré leur croissance corporelle, puis la connectivité fonctionnelle entre les régions du cerveau, c'est-à-dire le degré auquel ces régions coordonnent leur activité. L'étude, publiée dans eLife, montre que les enfants ayant grandi plus lentement présentaient aussi des schémas de connectivité cérébrale différents. Ces schémas persistaient à l'âge préscolaire et semblaient liés à la flexibilité cognitive : la capacité à changer d'approche et à évaluer de nouvelles situations. Ce dernier lien reste toutefois ténu, et les chercheurs le considèrent comme préliminaire.
La connectivité fonctionnelle n'est pas un trait figé. Elle se construit activement durant les premières années de vie, sous l'influence de la nutrition, de la stimulation et de l'environnement. Une croissance ralentie en début de vie ne touche pas seulement le corps. Elle affecte l'architecture même du cerveau.
Au-delà de la question de la pauvreté
Ces résultats dépassent le cadre des pays à faibles revenus. Ils montrent que croissance physique précoce et développement cérébral sont fondamentalement liés. Cela change la façon d'envisager la santé cognitive sur toute la durée d'une vie. Sous l'angle de la longévité, le constat est frappant : les cerveaux qui deviennent vulnérables au déclin à un âge avancé sont en partie façonnés par ce qui s'est passé durant les mille premiers jours.
Un argument pour intervenir tôt
La recherche confirme l'intérêt des interventions nutritionnelles précoces, non seulement pour la croissance physique, mais aussi pour le développement neurologique. La flexibilité cognitive à l'âge adulte est fortement associée à un meilleur fonctionnement en vieillissant et à un risque réduit de déclin cognitif. Les racines de cette résilience apparaissent plus tôt qu'on ne le pensait jusqu'ici.