Le paludisme laisse des séquelles cérébrales durables, même chez les survivants apparemment guéris
Survivre au paludisme ne signifie pas en sortir indemne. De nouvelles recherches montrent que l'infection peut laisser des atteintes cognitives mesurables, qui persistent longtemps après la disparition du parasite. Le phénomène touche plus de patients qu'on ne le pensait.
Le paludisme tue chaque année des centaines de milliers de personnes, mais le devenir des survivants a reçu beaucoup moins d'attention. Une étude publiée dans Science suggère que la guérison du paludisme, même dans les cas bénins, peut avoir un coût caché : des déficits durables de la mémoire, de la concentration et des fonctions exécutives, qui apparaissent des mois ou des années après la disparition de l'infection.
Les chercheurs ont combiné des évaluations neuropsychologiques et de l'imagerie cérébrale pour suivre des patients après une infection palustre. Les résultats remettent en cause une idée reçue : celle selon laquelle les conséquences neurologiques graves se limitent au paludisme cérébral, la forme sévère où le parasite envahit directement le système nerveux central. Même des patients aux infections cliniquement plus légères présentaient des signes de déclin cognitif. Cela pointe vers un mécanisme plus diffus, probablement inflammatoire, par lequel le parasite Plasmodium falciparum endommage le cerveau de manière indirecte.
Une barrière assiégée
L'une des principales explications fait intervenir la barrière hémato-encéphalique, la paroi protectrice qui isole le cerveau des substances circulant dans le sang. Lors d'une infection palustre, l'organisme déclenche une réponse immunitaire intense. Des données croissantes indiquent que cette réponse peut fragiliser temporairement cette barrière. Une fois franchie, des molécules inflammatoires pénètrent dans le tissu cérébral et endommagent les neurones. Ce processus avait déjà été observé dans des expériences animales ; la nouvelle étude apporte des données chez l'humain à un tableau qui se précise depuis plusieurs années.
L'ampleur du problème donne aux résultats une portée urgente. Le paludisme infecte plus de 200 millions de personnes chaque année, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Une grande partie des personnes infectées sont des enfants de moins de cinq ans, à l'âge précis où le cerveau est encore en développement. Une atteinte cognitive à ce stade ne touche pas seulement l'individu : elle influe sur la réussite scolaire, les perspectives économiques et la qualité de vie de communautés entières.
Les traitements éliminent le parasite, pas les lésions
Les traitements antipaludiques actuels visent à éliminer le parasite. Ils ne sont pas conçus pour protéger le cerveau des dommages inflammatoires que l'infection provoque. La question de savoir si des thérapies neuroprotectrices — des médicaments ou des interventions réduisant les atteintes neurologiques — pourraient être intégrées aux protocoles de traitement reste ouverte. Aucun de ces traitements n'est aujourd'hui approuvé ni utilisé à grande échelle.
L'étude met également en lumière un manque dans le suivi après l'infection. Les systèmes de santé des régions où le paludisme est endémique sont souvent saturés, concentrés sur la survie immédiate. Le suivi neurologique y est rare. Il en résulte qu'une génération de survivants pourrait porter un fardeau cognitif qui passe inaperçu et ne reçoit aucune prise en charge. Reste à savoir si ces données modifieront les recommandations cliniques ou les politiques de santé publique.