Les mutations des cellules souches sanguines accélèrent le vieillissement biologique
Les cellules sanguines peuvent être biologiquement plus vieilles que l'âge civil. Une nouvelle étude relie un schéma de mutations fréquent dans les cellules souches sanguines à un vieillissement biologique mesurable accéléré.
Dans la moelle osseuse, des cellules souches produisent en continu de nouvelles cellules sanguines. Il arrive qu'une de ces cellules acquière une erreur dans son ADN et commence à supplanter ses voisines. Ce phénomène s'appelle l'hématopoïèse clonale de potentiel indéterminé, ou CHIP (de l'anglais clonal hematopoiesis of indeterminate potential). Ce n'est pas une maladie, mais un phénomène lié à l'âge qui devient de plus en plus fréquent après soixante ans.
Ce qui rend la CHIP particulièrement pertinente pour la recherche sur la longévité, c'est son lien avec le vieillissement épigénétique. Les chercheurs ont mené une revue systématique et une méta-analyse portant sur cinq études totalisant 7 483 individus âgés de 55 à 79 ans. Ils se sont concentrés sur l'accélération de l'âge épigénétique (EAA), c'est-à-dire l'écart entre l'âge apparent des profils de méthylation de l'ADN d'une personne et son âge chronologique réel. Le résultat est constant : les personnes atteintes de CHIP présentent une EAA plus élevée que les autres.
Plus le clone est grand, plus l'ADN paraît vieux
L'association est également dose-dépendante. Des clones de cellules mutées plus importants correspondent à une accélération plus marquée de l'âge biologique. Regroupées dans la méta-analyse, trois études transversales montrent que les porteurs de CHIP paraissent 1,2 à 2,8 ans plus âgés selon les horloges épigénétiques établies, dont les horloges de Horvath et GrimAge.
Deux mutations géniques se distinguent : DNMT3A et TET2. Toutes deux interviennent dans la régulation de la méthylation de l'ADN. Les mutations de TET2 sont associées à des signaux de vieillissement épigénétique plus prononcés que celles de DNMT3A. Cela suggère que toutes les formes de CHIP ne comportent pas le même poids biologique, et que le type de mutation pourrait compter dans l'évaluation du risque.
Perspectives
Il s'agit d'une revue systématique et d'une méta-analyse, non d'une expérience causale. Les chercheurs eux-mêmes soulignent que de larges études longitudinales seront nécessaires pour déterminer si la CHIP entraîne activement le vieillissement épigénétique ou si elle lui est simplement associée. On ne sait pas non plus si l'EAA apporte une valeur pronostique pour la morbidité et la mortalité au-delà de ce que prédit déjà seul le statut CHIP.
Ces résultats ouvrent néanmoins une piste intéressante : les horloges épigénétiques pourraient capter des informations que les analyses sanguines classiques ne révèlent pas. Si la CHIP et l'EAA combinées définissent un profil de risque plus précis que chacune prise isolément, cette association pourrait devenir cliniquement utile pour repérer les personnes exposées à un risque accru de maladies cardiovasculaires et d'autres pathologies liées à l'âge. L'étude est parue dans Ageing Research Reviews.
Termes de recherche pour approfondir le sujet : clonal hematopoiesis aging | epigenetic age acceleration | DNA methylation clock