Les plaies cicatrisent plus vite chez les jeunes, et la raison est surprenante
Des cellules qui ont cessé de se diviser et qui devraient avoir disparu jouent en réalité un rôle clé dans la cicatrisation chez les jeunes animaux. Plus on vieillit, moins ce système fonctionne bien, mais pas pour la raison attendue.
Les cellules sénescentes sont au cœur de la recherche sur le vieillissement depuis des années. Ce sont des cellules qui ont arrêté de se diviser, n'accomplissent plus de travail utile dans le tissu et sécrètent en même temps un cocktail de molécules pro-inflammatoires, appelé SASP (senescence-associated secretory phenotype, soit le phénotype sécrétoire associé à la sénescence). Pendant longtemps, la vision dominante était simple : plus on en accumule, plus c'est néfaste. Moins il y en a, mieux c'est. De nombreuses études sur le vieillissement ont suivi exactement cette logique, en ciblant les cellules sénescentes pour les éliminer à l'aide de médicaments appelés sénolytiques.
De nouvelles recherches, publiées via Lifespan.io et fondées sur des expériences menées chez des souris jeunes et âgées, compliquent sensiblement ce tableau. En étudiant la façon dont les plaies se referment chez des souris d'âges différents, les chercheurs ont observé quelque chose de frappant : les jeunes souris déclenchent une réponse sénescente plus robuste face à une plaie que les souris âgées. Chez les jeunes animaux, un grand nombre de cellules sénescentes apparaît rapidement sur le site de la plaie et envoie un signal temporaire, bien organisé. Chez les souris plus âgées, cette réponse est plus lente, plus chaotique et plus faible, ce qui retarde la fermeture de la plaie.
Bénéfique et néfaste à la fois : deux visages d'un même système
Ces recherches mettent en évidence un paradoxe biologique. Les cellules sénescentes ne sont pas simplement « mauvaises » ou « bonnes » : tout dépend du contexte. Dans la cicatrisation, une poussée rapide et temporaire de sénescence cellulaire est fonctionnelle. La cellule envoie des molécules de signalisation aux cellules voisines pour les inciter à effectuer les réparations, et elle recrute des cellules immunitaires pour éliminer les tissus morts ou endommagés. Le problème avec le vieillissement n'est pas que l'organisme accumule davantage de cellules sénescentes. Le problème est que le système réagit plus lentement et de façon moins coordonnée quand il en a besoin, tandis qu'ailleurs dans le corps, des cellules restent chroniquement sénescentes sans jamais être éliminées.
Cette distinction a des conséquences concrètes sur la façon d'envisager les thérapies anti-âge. Éliminer indistinctement les cellules sénescentes avec des sénolytiques risque aussi de perturber la réponse sénescente temporaire et bénéfique qui soutient la cicatrisation. L'objectif thérapeutique ne devrait donc pas être simplement « moins de cellules sénescentes », mais plutôt restaurer la bonne réponse au bon moment. C'est une approche fondamentalement différente.
Ce que cela signifie pour le vieillissement
Les personnes âgées peinent notoirement à cicatriser. Les plaies chroniques, les tissus qui récupèrent mal après une opération, la guérison plus lente après une fracture osseuse : ce sont des réalités cliniques bien connues. Jusqu'ici, elles s'expliquaient principalement par un système immunitaire affaibli et des cellules souches moins actives. Ces recherches ajoutent une nouvelle dimension : le système d'alarme cellulaire vieillit lui aussi, et il le fait d'une manière bien précise.
La question est désormais de comprendre comment ce mécanisme fonctionne au niveau moléculaire, et s'il est possible de le restaurer. Pourrait-on stimuler temporairement la réponse sénescente chez les personnes âgées au moment d'une blessure, sans pour autant installer durablement des cellules sénescentes chroniques ailleurs dans l'organisme ? C'est la piste qu'ouvre ce travail, et une réponse n'est pas encore en vue.