Les œstrogènes façonnent le cerveau de la jeunesse au grand âge
Les œstrogènes ne servent pas qu'à réguler la reproduction. Cette hormone influe sur le développement des cellules cérébrales et sur leur vieillissement. Ce constat ravive la question de savoir si un traitement hormonal après la ménopause protège aussi le cerveau.
Des chercheurs ont étudié comment les œstrogènes, en agissant via un récepteur particulier (le récepteur alpha aux œstrogènes), régulent l'activité des gènes au sein d'un TAD. Un TAD (domaine d'association topologique) est un segment d'ADN qui se replie sur lui-même et contrôle ses propres gènes depuis l'intérieur. Les résultats ont été publiés dans eLife.
L'étude montre que lorsque les œstrogènes activent un enhancer -- un interrupteur moléculaire qui déclenche l'expression d'un gène -- cela ne se limite pas au gène cible. Les gènes voisins, situés dans le même TAD, sont simultanément réprimés, mais seulement après que le signal œstrogénique s'est dissipé. Il existe en somme un relais moléculaire : un premier gène s'allume, puis un second prend le relais.
Quel lien avec le vieillissement cérébral ?
Les œstrogènes sont actifs dans le cerveau tout au long de la vie. À la puberté, ils guident la maturation des structures cérébrales. À partir de la cinquantaine, lorsque leur taux chute avec la ménopause, les profils d'expression génique dans les cellules cérébrales se modifient eux aussi. Des travaux antérieurs avaient associé la faiblesse des taux d'œstrogènes après la ménopause à un risque accru de déclin cognitif et de maladie d'Alzheimer chez les femmes. Cette nouvelle recherche montre que les œstrogènes régulent l'activité génique de façon précise et dépendante du temps, ce qui suggère que toute perturbation de ce mécanisme peut avoir des conséquences à n'importe quel moment de la vie.
Les implications pour le traitement hormonal restent incertaines
Le mécanisme décrit ici a été étudié sur des lignées cellulaires de cancer du sein, et non sur des cellules cérébrales humaines. Le passage à des recommandations cliniques sur le traitement hormonal demeure donc prématuré. Ces travaux fournissent néanmoins un cadre moléculaire pour comprendre pourquoi le moment auquel un traitement hormonal est initié après la ménopause pourrait jouer un rôle pour la santé cérébrale. Les chercheurs avancent que le comportement des domaines d'ADN détermine en partie quels gènes sont activés à quel moment, et que le taux d'œstrogènes influe sur cette chronologie.
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