Odeur et mémoire se séparent au fil des relais cérébraux
Reconnaître une odeur est une chose ; savoir si on l'a déjà sentie en est une autre. Une étude menée chez la souris retrace la manière dont le cerveau dissocie ces deux fonctions.
Des chercheurs ont enregistré l'activité de neurones individuels en cinq points du circuit olfactif, depuis le cortex précoce jusqu'au cœur de l'hippocampe. Les animaux étaient exposés à des odeurs soit déjà connues, soit totalement inédites. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans eLife.
Deux types d'information, un seul système
Dans les régions cérébrales précoces, comme le noyau olfactif antérieur (premier relais après le nerf olfactif), les neurones répondaient à un large éventail d'odeurs tout en signalant si celles-ci étaient nouvelles ou familières. À mesure que l'information progressait dans le cerveau, la sélectivité s'affinait : les neurones se mettaient à répondre à des odeurs de plus en plus spécifiques.
Dans l'hippocampe, région centrale pour la formation des souvenirs, les réponses ne dépendaient plus du caractère nouveau ou familier de l'odeur. Les représentations collectives des odeurs y étaient devenues stables. Parallèlement, les codes neuronaux liés à l'identité d'une odeur et ceux liés à la détection de nouveauté s'étaient progressivement dissociés.
Que nous apprend cette étude sur la mémoire et le vieillissement ?
L'étude décrit un mécanisme par lequel la reconnaissance sensorielle et les mémoires implicites -- ces souvenirs qui influencent le comportement sans accès conscient -- sont traitées par des voies distinctes. Cela éclaire les processus mnésiques de façon plus générale. Le lien avec le vieillissement reste pour l'instant indirect : le circuit olfactif et l'hippocampe sont tous deux fragilisés dans les maladies neurodégénératives. La perte de reconnaissance des odeurs constitue d'ailleurs un signe précoce de la maladie d'Alzheimer comme de la maladie de Parkinson. Comprendre le fonctionnement normal de ce système est un préalable à la compréhension de ce qui déraille dans la maladie.
L'étude a été conduite chez la souris, dans le cadre d'une recherche fondamentale en neurosciences. Ces résultats seuls ne permettent pas de tirer des conclusions directes chez l'humain.