Pas les oreilles, mais le cerveau ? Le mystère de la perte auditive liée à l'âge
La perte auditive liée à l'âge a longtemps été attribuée à des connexions nerveuses endommagées dans l'oreille. Une nouvelle étude remet cette idée en question : ces connexions ne seraient peut-être pas le problème.
La perte auditive liée à l'âge figure parmi les plaintes les plus fréquentes chez les personnes âgées. Plus d'un tiers des personnes de plus de 65 ans en souffrent, et cette proportion augmente avec l'âge. Pendant longtemps, la théorie dominante voulait que les premières lésions touchent les connexions synaptiques entre les cellules ciliées de la cochlée, c'est-à-dire l'oreille interne, et le nerf auditif qui rejoint le tronc cérébral. Cette « synaptopathie cochléaire » était censée perturber le traitement des informations de synchronisation fine dans le son, même quand un test auditif standard, l'audiogramme, ne révèle rien d'anormal.
Des chercheurs ont mis cette hypothèse à l'épreuve en induisant chimiquement une synaptopathie cochléaire chez de jeunes gerbilles adultes, un modèle animal couramment utilisé en recherche auditive. Les animaux devaient ensuite effectuer une tâche d'écoute exigeante, consistant à détecter une structure temporelle fine dans le son. C'est précisément ce type de traitement que la synaptopathie était supposée altérer. Le résultat a surpris : les animaux traités ont obtenu des performances identiques à celles des témoins jeunes en bonne santé. Aucune différence de comportement mesurable.
Qu'est-ce qui se passe vraiment chez les auditeurs plus âgés ?
Les chercheurs se sont ensuite penchés sur des animaux plus âgés, sans synaptopathie induite artificiellement. Ceux-ci présentaient des changements nets, aussi bien dans la façon dont ils réalisaient la tâche d'écoute que dans la manière dont leur cerveau représentait les informations de synchronisation au niveau neuronal. La conclusion s'impose : c'est l'âge lui-même, et non la synaptopathie, qui est le principal moteur du déclin du traitement sonore.
Cette distinction dépasse le cadre académique. Ces dernières années, des aides auditives et des programmes de rééducation audiologique ont été conçus dans le but précis de compenser la synaptopathie. Si cette affection n'est pas réellement à l'origine des difficultés d'écoute des personnes âgées, ces interventions ciblent peut-être le mauvais problème. Les résultats suggèrent aussi que le cerveau lui-même, plutôt que l'oreille, joue un rôle central dans le déclin auditif lié à l'âge.
Un tableau bien plus complexe qu'attendu
L'étude n'exclut pas que la synaptopathie puisse causer des problèmes dans certaines circonstances, par exemple chez des personnes exposées pendant des années à des bruits forts. Mais elle remet sérieusement en cause l'idée que les lésions synaptiques soient la principale cause de la perte auditive ordinaire liée à l'âge. Ces résultats, publiés dans la revue eLife et issus d'expériences sur des animaux, laissent ouverte la question de leur transposition à l'être humain.
Ce que l'étude établit clairement, c'est que le chemin de l'oreille au cerveau est bien plus complexe qu'on ne le pensait. La façon dont le cerveau traite les informations de synchronisation dans le son, et la façon dont cela évolue avec l'âge, est peut-être là où se trouvent les réponses les plus importantes, et les traitements les plus prometteurs.