Pourquoi les aliments semblent plus sucrés quand on a faim : les chercheurs ont trouvé l'interrupteur cérébral
La perception du goût sucré ne dépend pas seulement de ce qu'on mange, mais aussi de la quantité d'énergie disponible dans l'organisme. Des chercheurs ont maintenant identifié le circuit neuronal qui relie ces deux signaux, et il s'avère être d'une ancienneté évolutive remarquable.
Quiconque a déjà eu vraiment faim le sait : la nourriture a meilleur goût que lorsque l'on vient de manger. Ce n'est pas une illusion. La perception gustative est activement modelée par l'état énergétique interne du corps. Jusqu'ici, on comprenait mal comment le cerveau relie ces deux flux d'information : la quantité d'énergie disponible d'un côté, l'intensité du goût sucré de l'autre.
Des chercheurs publiant dans eLife ont décrit un circuit neuronal qui établit précisément ce lien. Baptisé Hugin-AstA d'après les neuropeptides qu'il implique, ce circuit a été identifié dans le cerveau de Drosophila, la mouche du vinaigre utilisée comme organisme modèle en neurosciences depuis des décennies. Les cellules de ce circuit détectent l'état énergétique de l'animal et ajustent directement sa sensibilité au goût sucré. Quand les réserves d'énergie sont basses, la réponse au sucré est amplifiée ; quand l'énergie est suffisante, cette sensibilité est atténuée.
De la mouche à la souris
Ce qui dépasse le simple cadre de la biologie des insectes, c'est qu'un mécanisme comparable a été observé chez la souris. Cela indique une conservation évolutive : le circuit existait déjà chez un ancêtre commun des insectes et des mammifères, il y a des centaines de millions d'années. Une telle conservation est généralement un signal fort qu'un mécanisme est fondamentalement important. Si quelque chose survit à cette échelle de temps, c'est qu'il remplit une fonction essentielle.
Pour les humains, les implications potentielles sont significatives. La perception gustative est étroitement liée au comportement alimentaire, lui-même au cœur de la santé métabolique, de la régulation du poids et du vieillissement. L'obésité et le surpoids sont associés à un vieillissement biologique accéléré et à un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Si le cerveau ajuste activement l'attrait des aliments en fonction de l'état énergétique via des circuits de ce type, cela constitue en principe une cible sur laquelle on pourrait agir.
La voie vers une application thérapeutique est longue
La prudence s'impose. L'existence de ce circuit chez la mouche et la souris ne dit rien de définitif sur l'humain. Intervenir sur la perception gustative par le biais du cerveau, même une fois le mécanisme élucidé, représente un défi entièrement différent de la simple connaissance de ce mécanisme. Le cerveau n'est pas un système mécanique où actionner un interrupteur laisse tout le reste inchangé.
L'étude offre néanmoins une compréhension plus claire de la raison pour laquelle on mange différemment selon qu'on a faim ou qu'on est rassasié, et pourquoi ce phénomène semble universel dans le règne animal. Que cette compréhension débouche un jour sur une intervention influençant réellement le comportement alimentaire reste, pour l'heure, une question ouverte.