Existe-t-il des régimes alimentaires dont l'effet protecteur contre le cancer est scientifiquement établi ?
Le régime méditerranéen et une consommation suffisante de légumes et de fruits sont associés de façon cohérente à un risque de cancer réduit, mais les effets restent modestes et relèvent de corrélations. Les preuves sont les plus solides pour le cancer colorectal ; associer l'alimentation à d'autres habitudes saines permet d'en maximiser le bénéfice.
Les légumes et les fruits apportent une protection modeste : chaque portion supplémentaire de 200 g par jour est associée à 3 % de risque de cancer en moins, jusqu'à un plafond d'environ 600 g par jour. Ce chiffre peut sembler faible, mais l'association est statistiquement robuste, confirmée par une grande méta-analyse. Il s'agit toutefois d'une corrélation, pas d'un lien de causalité démontré. Le régime méditerranéen bénéficie des preuves les plus solides parmi tous les régimes étudiés. Dans de grandes études de cohorte, les personnes qui le suivent le mieux présentent en moyenne 6 à 14 % de risque de décès par cancer en moins. Le cancer colorectal se distingue particulièrement : le risque y est réduit de 18 %, et ce résultat est le plus cohérent d'une étude à l'autre. Pour le cancer de l'estomac, la réduction atteint 28 %, mais elle repose sur seulement quatre études. Le cancer de la prostate, lui, ne montre aucune association notable. Le seul grand essai clinique randomisé dans ce domaine, l'étude PREDIMED, a testé le régime méditerranéen enrichi en huile d'olive extra vierge chez des femmes d'âge avancé. L'incidence du cancer du sein y était 68 % plus faible que dans le groupe témoin. Ce résultat impressionnant doit cependant être relativisé : seuls 35 cas de cancer du sein ont été recensés au total, et cette analyse était secondaire dans un essai non conçu à cet effet. Le même régime, mais avec des noix à la place de l'huile d'olive, n'a montré aucune différence significative. L'alimentation agit rarement de façon isolée. Une étude de longue durée portant sur plus de 110 000 participantes montre que les femmes qui cumulent, à cinquante ans, quatre ou cinq habitudes saines (non-tabagisme, poids santé, activité physique, faible consommation d'alcool et alimentation de qualité) vivent en moyenne plus de dix ans de plus sans maladie que celles qui n'en ont aucune. La part attribuable à la seule alimentation ne peut pas être isolée. Pour la pratique : le régime méditerranéen, riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes et huile d'olive, est le régime alimentaire le mieux documenté au regard du cancer. La protection est cohérente mais modeste, et toutes les données disponibles portent sur des associations, non sur des causes démontrées. Le cancer colorectal dispose des preuves les plus solides. Le tabagisme, le poids corporel et l'activité physique ont chacun, selon toute vraisemblance, un effet plus marqué que l'alimentation seule.
Toutes les données reposent sur des études de cohorte observationnelles et des méta-analyses, à l'exception de l'essai PREDIMED (randomisé, mais dont l'analyse sur le cancer du sein était secondaire et portait sur de faibles effectifs). Les preuves issues de grands essais randomisés spécifiquement conçus pour la prévention du cancer font largement défaut. Une forte hétérogénéité a été relevée dans plusieurs méta-analyses (I²= 73-87 %), ce qui invite à la prudence dans l'interprétation des estimations ponctuelles.