Qu'est-ce qu'un tour de taille sain et pourquoi est-ce important ?
Un tour de taille plus élevé est associé à un risque accru de diabète, de fractures osseuses, de maladie parodontale et de décès prématuré. Ce risque est le plus marqué lorsque d'autres facteurs de risque s'ajoutent, comme une hypertension artérielle ou une glycémie élevée.
Le tour de taille mesure la quantité de graisse accumulée autour des organes abdominaux, appelée graisse viscérale. Cette graisse se comporte différemment de la graisse sous-cutanée : elle libère des molécules pro-inflammatoires et perturbe le métabolisme. C'est pourquoi les chercheurs utilisent le tour de taille en complément, voire à la place, de l'IMC. Une méta-analyse de treize études portant sur plus de 300 000 adultes a montré que le tour de taille et le rapport taille-hanches prédisent mieux la mortalité que l'IMC seul, même chez les personnes dont l'IMC est considéré comme normal1.
Le risque de diabète de type 2 augmente de façon mesurable avec le tour de taille. Dans une étude coréenne suivant près de 1 500 femmes préménopausées sur seize ans, chaque centimètre supplémentaire de tour de taille élevait le risque de diabète de 8 %2. Une recherche chinoise a ajouté un élément clé : ce n'est pas seulement ton tour de taille actuel qui compte, mais aussi depuis combien de temps il est élevé. Chaque tranche de 50 «années-centimètres» de tour de taille supplémentaires augmentait le risque de diabète de 38 %. Un excès de graisse abdominale prolongé est plus délétère qu'une taille temporairement accrue3.
L'effet de la graisse abdominale sur les os est lui aussi défavorable, ce qui va à contre-courant de l'intuition. Les femmes dont le tour de taille atteignait 108 cm ou plus avaient près de 2,5 fois plus de risque de fracture vertébrale que celles dont le tour de taille était inférieur à 71 cm, même après ajustement sur le poids corporel4. Dans une large cohorte coréenne de plus de 1,5 million d'adultes, un tour de taille plus élevé était également associé à davantage de fractures lombaires et de fractures du col du fémur, chez les hommes comme chez les femmes5.
La maladie parodontale ne vient pas spontanément à l'esprit quand on pense à la graisse abdominale, pourtant le lien existe. Les personnes ayant un tour de taille trop élevé avaient près de trois fois plus de risque de développer une parodontite que celles dont le tour de taille était normal. Le tour de taille s'est révélé un meilleur prédicteur que l'IMC seul6. Ce résultat s'inscrit dans un tableau plus large : la graisse viscérale entretient un état inflammatoire diffus dans tout l'organisme, y compris dans les gencives.
Un grand tour de taille n'est pas nécessairement fatal en lui-même. Dans une cohorte française de plus de 84 000 adultes, un tour de taille élevé sans facteur de risque associé n'augmentait pas significativement le risque de décès. C'est seulement en présence d'au moins un autre facteur de risque, comme une hypertension artérielle ou une glycémie élevée, que le risque devenait clairement accru. Avec trois facteurs de risque associés, il atteignait près de quatre fois le niveau de référence7. Par ailleurs, les personnes dormant moins longtemps affichent en moyenne un tour de taille plus élevé, selon une méta-analyse de 21 études regroupant plus de 56 000 adultes. L'association est faible mais constante8.
Toutes les données reposent sur des études observationnelles et des études de cohorte ; aucun essai randomisé n'est disponible sur ce sujet. Les associations décrites ne constituent donc pas des preuves de causalité directe. L'étude sur le diabète chez les femmes préménopausées (PMID 41185005) présente la classification causale la plus élevée parmi les sources citées. Les seuils définissant un tour de taille «sain» varient selon les études.