Un circuit cérébral se renforce pendant l'abstinence aux opioïdes
Pourquoi les personnes rechutent-elles après des semaines ou des mois sans drogue ? Une nouvelle étude chez le rat identifie une connexion cérébrale précise qui se consolide à mesure que l'abstinence se prolonge. Chez les femelles, ce mécanisme semble coïncider avec une plus grande vulnérabilité à la rechute.
Des chercheurs ont examiné les modifications qui surviennent dans le cerveau de rats après une abstinence prolongée à l'oxycodone, un analgésique opioïde à fort potentiel addictif. Ils se sont concentrés sur la connexion entre le thalamus paraventriculaire et le nucleus accumbens, une région cérébrale impliquée dans la motivation et la récompense. Grâce à l'optogénétique -- une technique qui utilise la lumière pour activer ou inhiber l'activité neuronale -- ils ont mesuré le degré de renforcement de cette connexion.
Un circuit renforcé, davantage de rechutes chez les rates
Après quatorze jours d'abstinence, la connexion entre ces deux régions s'était nettement renforcée, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Pourtant, seules les rates présentaient un comportement de rechute plus marqué après une abstinence prolongée, et non après des périodes plus courtes. Cette différence ne s'explique pas par les modifications observées au niveau du circuit.
Selon les chercheurs, cela suggère que d'autres mécanismes cérébraux accroissent la vulnérabilité à la rechute chez les femelles au terme d'une abstinence longue. Ces mécanismes n'ont pas encore été identifiés.
Implications pour le vieillissement et la gestion de la douleur
La consommation d'opioïdes progresse chez les personnes âgées, qui souffrent plus fréquemment de douleurs chroniques. Le risque de dépendance et de rechute devient ainsi aussi une question liée au vieillissement. Le système de récompense du cerveau évolue avec l'âge, ce qui pourrait interagir avec les processus addictifs de façon encore mal comprise.
L'étude, publiée dans eLife, a été menée sur des animaux. Son applicabilité à l'être humain n'a pas été testée. Les résultats offrent néanmoins un point de départ pour mieux comprendre les différences entre sexes dans le traitement de l'addiction aux opioïdes, un sujet encore trop peu exploré en pratique clinique.
Search terms: thalamus accumbens circuit opioid abstinence, optogenetics addiction brain pathways, sex differences opioid relapse