Un seul acide aminé suffit à alimenter les cellules immunitaires qui attaquent l'organisme
Le système immunitaire peut se retourner contre son propre hôte. C'est le mécanisme central des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques. De nouvelles recherches montrent que supprimer un seul acide aminé affaiblit les cellules immunitaires responsables de cette attaque.
Les lymphocytes T sont des globules blancs qui pilotent la réponse immunitaire. Dans les maladies auto-immunes, certains d'entre eux s'en prennent aux tissus sains. Dans la sclérose en plaques (SEP), ils détruisent les gaines de myéline, le revêtement protecteur des fibres nerveuses. Les chercheurs cherchent des moyens de neutraliser uniquement ces lymphocytes T nocifs, sans paralyser l'ensemble du système immunitaire.
L'asparagine comme carburant des cellules auto-agressives
L'étude, publiée dans eLife, montre que l'acide aminé asparagine est indispensable à l'activation et à la prolifération des lymphocytes T CD4+. Ces cellules immunitaires jouent un rôle de coordination dans la réponse immunitaire. En l'absence d'asparagine, la production d'énergie dans les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, chute, et les cellules sécrètent moins de protéines inflammatoires de signalisation (cytokines).
Sur des modèles murins d'inflammation cérébrale auto-immune (encéphalomyélite auto-immune expérimentale, EAE), système de référence pour la recherche sur la SEP, l'appauvrissement en asparagine a nettement réduit la sévérité de la maladie. Les lymphocytes T cultivés sans asparagine étaient moins capables d'attaquer le système nerveux. L'administration thérapeutique d'un agent réducteur de l'asparagine en phase active de la maladie a également atténué sa gravité.
Une nouvelle cible thérapeutique potentielle
Ces résultats sont issus d'expériences animales, et leur transposition à l'humain devra faire l'objet d'études complémentaires. Le mécanisme en jeu est néanmoins remarquable : l'asparagine est un acide aminé non essentiel, ce qui signifie que l'organisme est capable de le synthétiser lui-même. Or, pour les cellules immunitaires en division active, il se révèle indispensable. Les chercheurs avancent que réduire sélectivement l'asparagine au voisinage des lymphocytes T autoréactifs, ceux qui ciblent les propres tissus de l'organisme, pourrait constituer une stratégie thérapeutique aux effets indésirables moindres que l'immunosuppression globale.
Du point de vue de la longévité, le sujet est pertinent : les maladies auto-immunes progressent avec l'âge et contribuent au vieillissement du système immunitaire. Des méthodes permettant de freiner sélectivement les cellules autoréactives pourraient, à terme, trouver des applications plus larges.
Vous souhaitez approfondir le sujet ?
Recherchez par exemple :
- asparagine metabolism T cell activation
- autoreactive CD4 T cells multiple sclerosis
- amino acid restriction immunotherapy