Un système immunitaire vieillissant pourrait activer les maladies du cerveau
Le système immunitaire ne reste pas hermétiquement séparé du cerveau. En vieillissant et en s'enflammant de façon chronique, il semble favoriser activement la démence et d'autres maladies neurologiques, un lien qui a peut-être été sous-estimé bien trop longtemps.
Depuis des années, les chercheurs savent que le vieillissement s'accompagne d'une inflammation lente et diffuse dans tout l'organisme. Ce phénomène est appelé « inflammaging », un mot-valise formé à partir d'« inflammation » et d'« aging » (vieillissement en anglais). La question centrale a toujours été la même : cette inflammation est-elle simplement la conséquence de dommages cellulaires déjà survenus, ou en est-elle elle-même une cause ? Des analyses récentes, dont une synthèse détaillée publiée via Fight Aging, commencent à trancher. La conclusion est inconfortable : le système immunitaire contribue activement à la neurodégénérescence, il n'est pas un simple spectateur passif.
Quand les défenses du corps se retournent contre le cerveau
Tout commence en dehors du cerveau. En vieillissant, les cellules accumulent des dommages sous de nombreuses formes. Les mitochondries, les générateurs d'énergie de la cellule, libèrent des fragments d'ADN qui se retrouvent au mauvais endroit à l'intérieur de la cellule. Le système immunitaire interprète cet ADN mal placé comme un signal de danger, comme si un virus était présent. Il répond par une inflammation. En principe, c'est une réaction utile. Mais lorsqu'elle se produit en permanence, le système se retrouve surchargé et chroniquement activé.
Cette activation chronique a des conséquences directes sur le cerveau. Les microglies, les cellules immunitaires propres au cerveau, sont influencées par les signaux inflammatoires qui arrivent du reste du corps. Dans des conditions normales, les microglies éliminent les matériaux endommagés et protègent les neurones. Mais dans un environnement d'inflammation prolongée, elles s'emballent : elles deviennent hyperactives, endommagent des cellules saines et contribuent à l'accumulation des agrégats de protéines caractéristiques de maladies comme Alzheimer et Parkinson.
L'immunosénescence : quand le système immunitaire perd le fil
En parallèle, le système immunitaire perd progressivement son efficacité avec l'âge. C'est ce qu'on appelle l'immunosénescence, le vieillissement du système immunitaire lui-même. Il devient à la fois hyperactif et inefficace : il gère mal les anciennes menaces, réagit plus lentement aux nouvelles infections et produit davantage d'inflammation sans la réguler correctement. On peut l'imaginer comme un système d'alarme qui déclenche des alertes en permanence, mais qui n'est plus capable d'identifier les vrais intrus.
Cette combinaison, trop d'inflammation et trop peu de protection ciblée, semble créer un terrain favorable à la neurodégénérescence. Des études chez l'humain montrent que le degré d'inflammaging prédit le déclin cognitif. Des recherches chez la souris, où le système immunitaire a été « rajeuni » par des transfusions de plasma sanguin ou des interventions génétiques, ont produit dans certains cas des améliorations mesurables de la fonction cérébrale.
Le système immunitaire devient ainsi une cible de plus en plus intéressante pour la recherche sur la longévité. Des interventions visant à réduire l'inflammaging, des schémas alimentaires spécifiques aux composés expérimentaux appelés rapalogues, qui pourraient restaurer certains aspects d'un système immunitaire plus jeune, suscitent un vif intérêt. De grands essais cliniques devront encore établir si l'un de ces moyens peut réellement prévenir ou ralentir les maladies du cerveau. Mais la direction est plus nette qu'elle ne l'a jamais été : la frontière entre immunologie et neurologie est en train de s'effacer.