Un traumatisme crânien dérègle les rythmes de la mémoire
Après une commotion ou un traumatisme crânien plus grave, beaucoup de patients gardent des séquelles durables sur la mémoire. Des chercheurs ont maintenant identifié quels signaux cérébraux sont perturbés. Les résultats ouvrent des pistes concrètes pour le traitement.
Les traumatismes crâniens (TBI) provoquent chez de nombreux patients des difficultés durables d'apprentissage et de mémorisation. Jusqu'ici, on ignorait quelles perturbations électrophysiologiques précises en étaient responsables.
Les chercheurs ont utilisé des électrodes haute densité pour mesurer en détail l'activité cérébrale de rats après un traumatisme crânien expérimental. Ils se sont concentrés sur l'hippocampe, la région du cerveau indispensable à la formation des souvenirs. Les résultats ont été publiés dans eLife.
Un couplage perturbé entre les ondes cérébrales
La mémorisation normale repose sur la coordination de deux types d'ondes cérébrales. Les ondes thêta sont des oscillations lentes et rythmiques, actives lors de la navigation et de l'encodage des souvenirs. Les ondes gamma sont des oscillations plus rapides qui traitent les informations de détail. En temps normal, ces deux types d'ondes sont liés : les ondes gamma s'imbriquent dans les creux des ondes thêta. Chez les rats blessés, ce couplage, appelé couplage phase-amplitude, était fortement réduit dans l'hippocampe. Les neurones des cerveaux lésés se synchronisaient également moins bien avec l'activité de fond.
Des pistes concrètes pour le traitement
L'étude a également montré que les sharp-wave ripples, de brèves bouffées d'activité qui surviennent au repos et consolident les souvenirs, étaient affaiblis chez les rats blessés. Ces trois perturbations décrivent ensemble un réseau cérébral qui a perdu son sens du rythme. Les chercheurs estiment qu'une stimulation cérébrale ciblée, visant à rétablir une synchronisation normale, pourrait constituer une piste thérapeutique, à confirmer par des essais cliniques. Du point de vue de la longévité, l'étude est également pertinente : le déclin cognitif lié aux traumatismes crâniens recoupe en partie les troubles de la mémoire associés au vieillissement.