Un variant génétique de longévité apaise l'inflammation chronique
Certaines personnes atteignent la centaine sans succomber aux maladies chroniques. Un variant du gène BPIFB4 semble y contribuer. De nouvelles recherches en éclairent le mécanisme.
Les personnes qui vivent longtemps et en bonne santé portent plus souvent une version particulière du gène BPIFB4. Les chercheurs l'ont remarqué parce que ce variant est plus fréquent dans les populations âgées que dans les populations jeunes, ce qui suggère que ceux qui en sont dépourvus courent un risque de mortalité légèrement plus élevé. Des travaux antérieurs avaient déjà montré que ce variant ralentit le vieillissement artériel et réduit l'inflammation chronique de bas grade, appelée inflammaging, qui s'intensifie silencieusement avec l'âge et contribue aux maladies cardiovasculaires, à la démence et à d'autres pathologies.
Les plaquettes comme gardiennes immunitaires
Mais comment BPIFB4 produit-il cet effet ? Les chercheurs ont découvert que ce gène modifie le profil immunitaire des plaquettes. Les plaquettes sont de petits fragments cellulaires surtout connus pour leur rôle dans la coagulation sanguine, mais elles participent aussi activement à la communication entre cellules. Les porteurs du variant protecteur de BPIFB4 présentent des taux plus élevés de la protéine CD47 à la surface de leurs plaquettes. CD47 fonctionne comme un signal « ne me mange pas » : les cellules qui l'affichent en grande quantité sont moins susceptibles d'être repérées et éliminées par le système immunitaire, ce qui atténue une activation immunitaire inutile.
Les chercheurs ont observé le même phénomène chez les centenaires : une proportion plus élevée de plaquettes nouvellement formées, dites plaquettes réticulées, portant CD47 à leur surface. Le variant BPIFB4 semble programmer ce profil CD47 très tôt lors de la production des plaquettes, dès le mégacaryocyte, la cellule précurseur dont elles sont issues.
Une cible pour de futurs médicaments
Ces travaux sont préliminaires, mais ils ouvrent une piste concrète. Si les taux de CD47 sur les plaquettes constituent le facteur clé, il serait peut-être possible de mettre au point un médicament qui en imite l'effet, sans qu'il soit nécessaire d'hériter du variant génétique bénéfique. Des études chez la souris ont par ailleurs montré que la protéine BPIFB4 conserve ses effets lorsqu'elle est administrée par voie orale, ce qui améliore les perspectives d'un traitement pratique.