Une protéine nouvellement découverte contrôle l'interrupteur qui indique aux cellules quand se diviser
Chaque cellule du corps obéit à un cycle de croissance et de division strictement régulé. Quand cette régulation déraille, le cancer s'installe. Des scientifiques ont maintenant identifié une protéine jusqu'alors inconnue qui contrôle l'un des points de décision les plus critiques de ce cycle.
La division cellulaire est l'un des processus les plus étudiés en biologie, mais d'importantes lacunes subsistent. Chaque étape du cycle cellulaire est gouvernée par une série d'interrupteurs moléculaires. Quand ces interrupteurs dysfonctionnent, une cellule peut se diviser sans frein : c'est précisément ce qu'est le cancer. En exploitant le Cancer Dependency Map, une vaste base de données recensant les gènes dont les cellules cancéreuses dépendent pour survivre, des chercheurs ont identifié une protéine appelée FAM53C comme un nouveau régulateur, jusqu'ici inconnu, de la progression du cycle cellulaire. Elle s'est révélée indispensable à la transition entre la phase G1 et la phase S : le moment critique où une cellule s'engage à copier son ADN et à poursuivre sa division.
La transition G1/S est l'un des points de contrôle les plus surveillés de la biologie cellulaire. Plusieurs thérapies anticancéreuses ciblent déjà des protéines actives à ce carrefour ; les inhibiteurs de CDK4 et CDK6, par exemple, sont approuvés pour certains cancers du sein. FAM53C agit en amont d'une autre protéine bien connue, DYRK1A, qui influence à son tour ce point de contrôle. Cette position en fait une cible potentiellement précieuse pour le développement de médicaments.
Le lien avec le vieillissement
Le cycle cellulaire ne concerne pas uniquement le cancer. Le vieillissement cellulaire est étroitement lié à un phénomène appelé sénescence : un état dans lequel les cellules cessent de se diviser sans pour autant mourir. Elles persistent et libèrent des signaux inflammatoires qui dégradent les tissus environnants. Ce processus est de plus en plus reconnu comme un moteur central des maladies liées à l'âge, de l'arthrite aux maladies cardiovasculaires. Les mécanismes moléculaires qui déterminent si une cellule continue à se diviser ou entre en sénescence sont donc directement liés à la biologie du vieillissement.
FAM53C n'a quasiment pas été étudiée jusqu'à présent. Cartographier sa fonction soulève immédiatement des questions sur son rôle au-delà du cancer : influe-t-elle aussi sur le passage à la sénescence ? Son expression est-elle modifiée dans les tissus âgés ? Ces questions constituent des étapes logiques, mais aucune n'a encore reçu de réponse.
Des données à la découverte
L'approche méthodologique mérite d'être soulignée. Plutôt que de partir d'une maladie connue ou d'un gène suspecté, les chercheurs ont commencé par un jeu de données à grande échelle et ont laissé les statistiques pointer vers l'inconnu. Le Cancer Dependency Map couvre des centaines de types de cellules cancéreuses et peut signaler des gènes essentiels à la survie cellulaire, même quand personne ne les cherchait. Cette démarche fondée sur les données laisse penser qu'il reste encore bien d'autres acteurs non cartographiés dans la régulation du cycle cellulaire.