BPC-157 est populaire chez les biohackers, mais les données scientifiques sont maigres
Ce peptide très prisé dans les communautés de biohacking bénéficie de cinquante ans de recherche. Presque toutes ces études proviennent d'un seul scientifique, dans un seul laboratoire. Une situation inhabituelle, dont les implications sont plus importantes qu'on ne le croit généralement.
Le BPC-157 est une courte chaîne d'acides aminés, un peptide, présenté comme dérivé d'une protéine présente dans le suc gastrique. Il circule largement dans les cercles de biohacking comme remède contre les douleurs articulaires, les troubles digestifs et pour favoriser la réparation des tissus. L'engouement est réel. Mais les journalistes de STAT News, publiant en partenariat avec Undark et avec le soutien du Pulitzer Center, mettent en lumière une réalité gênante : presque toute la littérature publiée sur le BPC-157 est issue d'un seul laboratoire à Zagreb, dirigé par un unique chercheur, Predrag Sikiric, qui y travaille depuis plus de cinquante ans.
Cela ne prouve pas que la substance est inefficace. Mais cela rend la vérification indépendante quasi impossible. En science, la reproduction des résultats par des équipes différentes, dans des pays différents, avec des méthodes différentes, est une condition fondamentale de crédibilité. Pour le BPC-157, cette reproduction fait largement défaut. Les études existantes ont été menées presque exclusivement sur des animaux, principalement des rats. Les essais cliniques chez l'être humain sont rarissimes.
Un point de friction réglementaire
La popularité du BPC-157 a également suscité des tensions avec les autorités sanitaires. La FDA cherche à exercer son autorité sur les peptides vendus comme compléments alimentaires, bien qu'ils aient une activité pharmacologique. Le BPC-157 se trouve au cœur de cette démarche. Ses partisans, dont certaines personnalités liées au mouvement Make America Healthy Again, présentent toute réglementation comme une atteinte à la liberté de choix individuelle. Ses détracteurs pointent l'absence de données sur l'innocuité chez l'être humain.
Ce que les données montrent réellement
Le bilan honnête est le suivant : peu de choses sont établies. Les études animales disponibles suggèrent des effets sur la réparation des tissus et la santé gastro-intestinale. Le mécanisme d'action reste mal compris. La question de savoir si ces effets se manifestent chez l'être humain, à quelle dose et sans effets indésirables, n'a pas encore de réponse. Le BPC-157 illustre ainsi une tension plus large dans le domaine de la longévité : l'écart entre l'adoption massive de compléments et les bases scientifiques qui justifieraient cet engouement.