Le rat-taupe nu vieillit sans le montrer, et sa peau recèle des indices
Une souris de trois ans approche de la fin de sa vie. Un rat-taupe nu de trente ans ressemble à peine à ce qu'il était à cinq ans. Des chercheurs tentent méthodiquement de comprendre pourquoi, et la peau s'avère être un point de départ révélateur.
Le rat-taupe nu est l'anomalie du monde des mammifères. Il vit dix fois plus longtemps que les rongeurs de taille comparable, développe rarement un cancer, et ne montre la plupart des signes de déclin physique qu'immédiatement avant la mort. Cette dernière caractéristique, appelée morbidité compressée, c'est-à-dire la maladie concentrée sur la toute fin de la vie, est précisément ce que les chercheurs spécialisés dans le vieillissement cherchent à comprendre et, à terme, à reproduire chez l'être humain.
Une étude récente publiée via Fight Aging s'est penchée sur la peau de ces animaux. La peau est un sujet d'étude commode : elle vieillit de façon visible, elle est facile à prélever, et ses transformations reflètent des processus qui se produisent en profondeur dans l'organisme. Chez les humains et chez les souris ordinaires, la peau devient plus fine, plus rigide et moins élastique avec l'âge. Qu'en est-il chez les rats-taupes nus ?
Un collagène qui ne se rigidifie pas, et une matrice qui reste jeune
Les chercheurs ont analysé la matrice extracellulaire de la peau de rats-taupes nus. Cette matrice est l'échafaudage moléculaire de protéines, de fibres et de molécules sucrées qui entoure et soutient les cellules de la peau. Chez les souris ordinaires et chez les humains, le vieillissement entraîne l'accumulation de collagène dit réticulé : des fibres de collagène qui se lient chimiquement les unes aux autres et durcissent. Cette réticulation rend les tissus plus rigides, réduit leur élasticité et nuit au fonctionnement des cellules.
Chez les rats-taupes nus, ces profils de réticulation sont restés remarquablement stables même à un âge avancé. La composition de la matrice des vieux animaux ressemblait bien plus à celle des jeunes animaux qu'à ce que l'on observe chez les souris vieillissantes. Par ailleurs, les concentrations d'acide hyaluronique, une molécule qui retient l'eau et confère sa résilience aux tissus, sont restées constamment élevées chez ces animaux. Des études antérieures avaient déjà montré qu'ils produisent une variante particulièrement longue de cette molécule, associée à une résistance accrue contre les cellules cancéreuses.
Du rat-taupe à l'humain : loin ou plus proche qu'attendu ?
La transposition pratique reste complexe. Les rats-taupes nus sont éloignés de l'humain sur le plan évolutif et possèdent des adaptations génétiques uniques, façonnées par des millions d'années de sélection. Isoler une molécule et l'administrer à des humains fonctionne rarement aussi simplement.
Ces résultats alimentent néanmoins une réflexion plus large. Ils confortent l'idée, également soutenue par des travaux publiés dans Nature Aging sur la matrice extracellulaire, que cette matrice joue un rôle central dans la vitesse à laquelle un organisme vieillit. Si la matrice reste jeune, les cellules qu'elle abrite fonctionnent aussi plus longtemps. La stabilisation de la matrice devient ainsi une cible d'intervention potentiellement intéressante, même si le chemin qui mène de la biologie du rat-taupe nu à une application clinique demeure long et incertain.