Les parois des vaisseaux sanguins de souris adultes peuvent encore produire des cellules souches du sang
Les manuels de biologie sont formels : chez l'adulte, ce sont les cellules souches de la moelle osseuse qui fabriquent le sang, et rien d'autre. Une nouvelle étude bouscule cette certitude. Elle montre que les cellules de la paroi des vaisseaux sanguins, dans la moelle osseuse de souris adultes, conservent la capacité de générer de nouvelles cellules souches du sang, une faculté que l'on croyait éteinte après le développement embryonnaire.
Au cours du développement embryonnaire, une transformation remarquable se produit. Certaines cellules qui tapissent la paroi des vaisseaux sanguins, les cellules endothéliales, se convertissent directement en cellules souches du sang. Ce processus s'appelle la transition endothélio-hématopoïétique. C'est ainsi que le système sanguin se construit dans l'embryon. Après la naissance, on a longtemps supposé que la moelle osseuse prenait entièrement le relais. Les cellules endothéliales, selon cette vision, s'installaient dans leur rôle mature de simples doublures de vaisseaux, leur période de production de cellules souches définitivement révolue.
Une étude publiée dans eLife en avril 2026 remet en cause cette hypothèse avec une rigueur technique considérable. En combinant le traçage génétique de lignées cellulaires in vivo (une méthode qui marque définitivement des cellules individuelles pour suivre leurs descendants), le séquençage de l'ARN en cellule unique et des expériences de transplantation de moelle osseuse, les chercheurs ont identifié des cellules endothéliales hémogéniques dans la moelle osseuse de souris adultes. Ces cellules sont rares. Mais elles sont présentes, et elles sont actives.
Un écho moléculaire de la vie embryonnaire
Les cellules endothéliales hémogéniques nouvellement identifiées portent une signature moléculaire qui rappelle celle observée dans l'embryon, mais avec des différences propres à leur contexte adulte. Elles semblent alimenter la réserve de cellules souches de la moelle osseuse d'un flux modeste, mais bien réel, en parallèle des cellules souches hématopoïétiques établies qui assurent l'essentiel de la production sanguine. On ne sait pas encore si elles constituent une réserve d'urgence ou une composante mineure mais régulière de la production sanguine en régime stable.
Les implications médicales sont potentiellement importantes. Les maladies du sang, notamment la leucémie, l'anémie aplasique et les déficits immunitaires, se traitent par greffe de moelle osseuse, qui remplace des populations de cellules souches défaillantes par des cellules saines. Si les cellules endothéliales de la moelle osseuse adulte peuvent générer des cellules souches de manière autonome, cela ouvre la possibilité, encore lointaine, de stimuler cette capacité comme alternative ou complément à la greffe. Cela offre également un nouvel angle pour comprendre les maladies du sang qui apparaissent chez des patients dont les cellules souches établies semblent normales.
Le vieillissement et l'effacement d'une capacité cachée
Pour les chercheurs qui étudient la longévité, cette découverte soulève une question précise : cette capacité hémogénique décline-t-elle avec l'âge ? On sait que la moelle osseuse vieillie produit un répertoire déséquilibré de cellules sanguines, avec moins de cellules immunitaires de qualité et davantage de certains globules blancs qui entretiennent l'inflammation chronique. Si les cellules endothéliales contribuent de manière significative au réservoir de cellules souches, leur détérioration liée à l'âge pourrait faire partie de cette histoire. La question de savoir si cette capacité s'atténue chez les animaux âgés, et si elle peut être restaurée ou maintenue, est désormais accessible à l'expérimentation.