Des taux élevés d'acide linoléique dans les tissus augmentent-ils le risque de cancer de la peau ?
Les données disponibles ne justifient pas de considérer l'acide linoléique tissulaire comme un facteur de risque de cancer de la peau ; pour le CBC, plusieurs études pointent même vers un modeste effet protecteur, bien que la certitude reste limitée.
Des taux élevés d'acide linoléique dans les tissus ou le sang semblent plutôt réduire le risque de carcinome basocellulaire (CBC, le cancer de la peau le plus fréquent), et non l'augmenter. Une vaste étude de randomisation mendélienne portant sur plus de 600 000 personnes a montré que des taux génétiquement plus élevés d'acide linoléique sont associés à 6 % de CBC en moins. La randomisation mendélienne exploite des variations génétiques aléatoires pour mieux établir un lien de causalité qu'une simple étude observationnelle classique.
Une étude prospective australienne a observé 25 % de CBC en moins dans le groupe intermédiaire d'apport en acide linoléique par rapport au groupe le plus faible. Les chercheurs eux-mêmes tempèrent ce résultat : ils n'excluent pas qu'il soit en partie dû au hasard. Les mesures plasmatiques n'ont révélé un effet protecteur que dans un sous-groupe spécifique de personnes ayant déjà eu un cancer de la peau, et non dans l'ensemble de la cohorte. Pour le carcinome épidermoïde (CE), le deuxième cancer de la peau le plus fréquent, les mêmes chercheurs australiens n'ont trouvé aucun lien.
Sur le mélanome, les données sont encore plus lacunaires. Dans une petite étude italienne portant sur 59 cas, un signal initialement observé a disparu entièrement après ajustement sur d'autres facteurs. Ces résultats ne permettent de tirer aucune conclusion sur l'acide linoléique et le mélanome.
Certaines observations méritent attention sans pour autant inverser le tableau. Une étude transversale menée auprès de plus de 2 000 femmes a constaté que des apports plus élevés en acide linoléique étaient associés à des télomères plus courts, c'est-à-dire des extrémités protectrices des chromosomes. Des télomères courts sont associés à un vieillissement cellulaire accéléré. Mais cette étude n'a pas examiné si ce mécanisme conduisait à davantage de cancers de la peau : il est donc impossible d'en déduire un quelconque risque cancéreux.
L'acide linoléique conjugué, une molécule structurellement apparentée que l'on confond parfois avec l'acide linoléique ordinaire, a inhibé des tumeurs cutanées chez la souris. Il s'agit de recherche animale, sans pertinence directe pour l'acide linoléique chez l'humain. Des revues de littérature plus larges des années 1990 n'ont pas non plus trouvé de preuves épidémiologiques que les graisses polyinsaturées, la famille à laquelle appartient l'acide linoléique, favorisent le cancer chez l'être humain.
Basé sur une étude de randomisation mendélienne (n > 600 000), deux études observationnelles de taille petite à moyenne (n = 1 322 et n = 2 284), une étude plasmatique, une petite étude cas-témoins (59 cas), une étude sur modèle animal et une revue de littérature ancienne. Aucun essai clinique randomisé ni méta-analyse disponible sur le cancer de la peau et l'acide linoléique.