Travailler avec des pesticides augmente-t-il le risque de cancer ?
Dans de nombreuses études, travailler avec des pesticides est associé à un risque accru de plusieurs cancers, notamment de la vessie, du côlon et du sang. Éviter tout contact non protégé est prudent, surtout si tu es enceinte ou que tu souhaites le devenir.
Plusieurs cancers ont été associés à une exposition aux pesticides dans la littérature scientifique. Il s'agit d'associations, non d'un lien de causalité établi, mais les tendances sont suffisamment cohérentes pour être prises au sérieux. Les risques sont les plus marqués chez les personnes exposées dans un cadre professionnel : agriculteurs et ouvriers industriels qui pulvérisent sans protection.
Le cancer de la vessie présente le chiffre le plus concret : les personnes fortement exposées avaient en moyenne 65 % de risque supplémentaire par rapport à celles peu ou pas exposées. Pour les cancers du côlon et du rectum, les hausses de risque sont moindres mais mesurables : les herbicides sont associés à environ 20 à 30 % de risque supplémentaire de cancer du côlon, et les insecticides à 20 à 85 % de risque supplémentaire de cancer du rectum, selon la méthode de mesure de l'exposition. Les cancers du sang comme la leucémie et le lymphome, ainsi que les cancers de la prostate, du pancréas et du foie, sont eux aussi liés aux pesticides dans la littérature épidémiologique.
Chez les femmes, le risque de cancer du sein est élevé en cas d'exposition directe et répétée, par exemple lors de pulvérisations aux champs ou d'un usage domestique prolongé sans protection. Les femmes jeunes et celles ayant eu une puberté précoce semblent plus vulnérables. Une explication possible est que certains pesticides imitent l'action des œstrogènes. Chez les hommes, aucun lien avec le cancer du sein n'a été mis en évidence.
Les enfants à naître constituent un groupe particulièrement fragile : les mères exposées pendant la grossesse, à la maison ou au travail, ont un risque accru d'avoir un enfant qui développera une leucémie plus tard. Les odds ratios relevés dans plusieurs méta-analyses se situent entre 1,2 et 1,6, ce qui correspond à 20 à 60 % de risque supplémentaire. Concernant l'insecticide perméthrine spécifiquement, les résultats ne montrent pas de risque accru pour la plupart des cancers chez l'humain, même si les études disponibles restent limitées. Pour le cancer des voies biliaires, une étude n'a pas trouvé de lien clair, mais son effectif était trop faible pour en tirer des conclusions solides. Éviter tout contact prolongé et non protégé avec des pesticides est donc prudent, en particulier pendant la grossesse.
Toutes les affirmations reposent sur des études observationnelles (cas-témoins, cohortes) et des revues systématiques ou méta-analyses ; aucun essai clinique randomisé n'est réalisable pour des raisons éthiques. La causalité directe n'est donc pas démontrée. Une hétérogénéité variable existe entre les études (I² jusqu'à 73 %). Une revue parapluie (PMID 33745400) a été utilisée pour la leucémie infantile.