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L'aspirine ou l'ibuprofène protègent-ils contre le cancer colorectal ?

Oui · Preuves modérées

L'aspirine comme l'ibuprofène sont associés à un risque plus faible de cancer colorectal, mais leurs effets indésirables sont suffisamment sérieux pour déconseiller tout usage préventif sans avis médical préalable.

L'aspirine réduit sensiblement le risque de cancer colorectal. Une synthèse de 91 études épidémiologiques montre qu'une prise quotidienne est associée à environ 63 % de cas en moins. Une grande étude cas-témoins le confirme : dès 75 mg par jour, après au moins cinq ans d'utilisation, une protection nette est déjà visible. L'effet s'accentue avec la durée d'utilisation.

L'ibuprofène présente un profil protecteur comparable. Plusieurs études constatent un risque plus faible de cancer colorectal et de polypes, les lésions précancéreuses qui le précèdent. Une grande étude de dépistage confirme la protection contre ces polypes. Fait notable : chez les femmes en surpoids, l'effet semblait disparaître, alors que les hommes en surpoids en bénéficiaient tout autant. Les chercheurs n'en connaissent pas encore la raison.

Tous les médicaments ne sont pas équivalents. Dans une étude, ni l'aspirine à faible dose (81 mg par jour) ni le paracétamol n'ont montré de protection. Le paracétamol bloque très peu une enzyme inflammatoire clé, la COX-2, et c'est précisément cette inhibition qui semble être au cœur du mécanisme protecteur. Bloquer suffisamment cette enzyme paraît donc indispensable.

Sur la survie après un diagnostic de cancer colorectal, un usage prolongé d'aspirine ou d'ibuprofène ne change rien. Ce résultat repose sur une seule grande étude, mais il est sans ambiguïté : une utilisation antérieure ne semble pas améliorer le pronostic une fois le cancer déclaré.

Le principal obstacle reste la sécurité d'emploi. Une prise régulière d'aspirine ou d'ibuprofène augmente le risque d'hémorragie cérébrale et d'hémorragie digestive. Les experts estiment donc qu'une recommandation préventive générale ne se justifie pas pour les personnes sans risque élevé de cancer colorectal – d'autant que la dose optimale et la durée d'utilisation idéale ne sont pas encore établies. Quiconque envisage un tel usage à titre préventif devrait d'abord en parler à son médecin, en particulier en cas de risque hémorragique accru.

Les preuves
6 études · 1 méta-analyse

Cette réponse s'appuie sur une synthèse de 91 études épidémiologiques, plusieurs grandes études cas-témoins et une grande étude de dépistage. Toutes sont des études observationnelles comparatives : les personnes prenant déjà de l'aspirine ou de l'ibuprofène ont été comparées à celles qui n'en prenaient pas. Il n'est donc pas possible d'établir un lien de causalité avec une certitude absolue, mais le schéma est cohérent et les chercheurs jugent un tel lien plausible. Les différences selon le sexe et les facteurs génétiques ne reposent que sur une seule étude ; les conclusions sur ces points sont donc plus fragiles.

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Preuves modérées
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