Quelles sont les nouvelles approches pour détecter le cancer tôt ?
Les analyses de sang pour la détection précoce du cancer donnent des résultats prometteurs et permettent souvent d'exclure la maladie avec fiabilité. Aux stades précoces, cependant, une part non négligeable de cas est encore manquée – c'est la principale limite à garder à l'esprit.
Les analyses de sang pour la détection précoce du cancer sont en plein essor. De nombreuses études réunies montrent que ces tests sont fiables pour rassurer les personnes en bonne santé: il est rare qu'un résultat positif soit rendu à tort à quelqu'un qui n'a pas de cancer. En revanche, ils passent encore à côté d'une part importante de vrais cas. Parmi tous les marqueurs étudiés dans le sang, l'ADN sans cellule – de petits fragments de matériel génétique libérés par les cellules cancéreuses – obtient les meilleurs résultats.
Plusieurs tests commerciaux cherchent à détecter de nombreux types de cancer en une seule prise de sang. Tous écartent bien les personnes saines, mais leur capacité à trouver un cancer varie considérablement. C'est précisément aux stades précoces, là où le traitement a le plus de chances de guérir, que ces tests sont moins performants que pour les cancers avancés. Aucune étude n'a encore montré que ces tests réduisent réellement le nombre de décès ou améliorent la qualité de vie.
Analyser l'ADN sans cellule à l'aide de l'intelligence artificielle améliore légèrement la précision des résultats: un peu moins de faux positifs, un peu moins de cas manqués. Les résultats varient toutefois fortement selon les pays et les groupes de personnes étudiées, ce qui rend difficile toute généralisation. D'autres marqueurs sanguins, comme les microARN circulants – de petites molécules impliquées dans le fonctionnement des cellules –, semblent prometteurs, mais les preuves restent minces et proviennent en grande partie d'études anciennes.
Une tout autre approche consiste à utiliser l'intelligence artificielle sur des échantillons de tissu déjà prélevés, et non sur du sang. Elle permet de repérer automatiquement des tumeurs et d'anticiper la réponse au traitement. Son déploiement à grande échelle se heurte encore à des obstacles liés à l'accès aux données et à la réglementation. Il existe aussi une méthode expérimentale qui analyse les motifs formés par des gouttes séchées de liquides biologiques, comme le sang ou l'urine. Les chiffres publiés paraissent élevés sur le papier, mais les études sont peu fiables et l'utilité pratique de la méthode reste totalement incertaine.
Cette réponse s'appuie sur plusieurs synthèses d'études, dont deux analyses regroupant respectivement 17 et 13 études sur la biopsie liquide et l'intelligence artificielle appliquée à l'ADN circulant, une synthèse de 36 études portant sur plusieurs tests commerciaux, ainsi qu'une synthèse sur l'intelligence artificielle en analyse de tissus. Les auteurs de la synthèse sur les tests de dépistage multi-cancers ont jugé la plupart des études peu fiables sur le plan méthodologique; pour la méthode d'analyse de gouttes séchées, les résultats varient énormément d'une étude à l'autre. Les chercheurs soulignent eux-mêmes qu'aucune grande étude mesurant le nombre de décès évités ou la qualité de vie, c'est-à-dire les critères qui comptent le plus pour toi en tant que patient, n'a encore été menée à terme pour l'une ou l'autre de ces approches.