Cinquante ans de bouleversements dans la consommation de compléments alimentaires
Il y a cinquante ans, prendre une pilule vitaminée relevait de l'exception. Aujourd'hui, des millions d'Américains avalent plusieurs compléments chaque jour. Ce qui a changé, et pourquoi, révèle beaucoup sur notre rapport à la santé et au vieillissement.
Une analyse publiée par STAT News retrace la transformation de la consommation de compléments alimentaires aux États-Unis au cours des dernières décennies. Cet article passe en revue l'évolution de la popularité de certains produits, les tendances démographiques, ainsi que le rôle du marketing et de la législation dans l'essor du secteur.
Au début des années 1990, la réglementation américaine a pris un tournant décisif. Le Dietary Supplement Health and Education Act de 1994 a considérablement simplifié la mise sur le marché des compléments, en dispensant les fabricants de prouver leur efficacité au préalable. Cette loi a déclenché une croissance explosive de l'offre comme de la consommation. Dans le même temps, les motivations des consommateurs ont changé : il ne s'agissait plus seulement de corriger des carences, mais de rechercher activement des bénéfices pour la santé ou de ralentir le vieillissement.
Ce que montrent les données
Les multivitamines ont dominé le marché pendant des décennies, mais leur part relative a reculé ces dernières années. La consommation de compléments spécifiques a en revanche fortement progressé : vitamine D, acides gras oméga-3, magnésium, et plus récemment le riboside de nicotinamide (NR) et d'autres précurseurs du NAD+ (une molécule impliquée dans le métabolisme énergétique cellulaire). Cette évolution reflète à la fois les grandes tendances de la recherche médicale et une sensibilisation croissante du public aux travaux sur le vieillissement.
Qu'est-ce que l'on sait réellement de leur efficacité ?
La croissance des usages ne suit pas toujours les données scientifiques disponibles. Pour certains compléments, comme la vitamine D chez des personnes présentant une carence avérée, les bases scientifiques sont relativement solides. Pour beaucoup d'autres, y compris les compléments dits de longévité aujourd'hui en vogue, les données se limitent à des modèles animaux ou à de petites études chez l'homme. Le fossé entre la science et les comportements des consommateurs constitue un fil rouge de tout ce champ de recherche.
La popularité d'un complément ne mesure pas son efficacité. L'essor du secteur traduit néanmoins un intérêt public croissant pour la prévention et les interventions sur le vieillissement.