Comment les bactéries intestinales influencent l'activité physique des personnes âgées
Les personnes âgées qui bougent davantage ont un microbiome intestinal mesurément différent de celles qui restent sédentaires. Mais dans quel sens va l'influence : les bactéries intestinales poussent-elles à bouger, ou c'est l'exercice qui remodèle le microbiome ?
Le microbiome intestinal, c'est-à-dire les milliers de milliards de bactéries, champignons et virus qui peuplent le tube digestif, est devenu l'un des domaines les plus intensément étudiés en médecine depuis vingt ans. Un nombre croissant de travaux relie la composition de cette communauté microbienne à un large éventail de résultats de santé : inflammation, immunité, humeur et cognition. Un nouveau lien émerge aujourd'hui, particulièrement pertinent pour le vieillissement : l'activité physique.
Des recherches publiées via Fight Aging montrent que certains aspects de la composition du microbiome intestinal sont corrélés au niveau d'activité physique chez les personnes âgées. Les seniors qui font régulièrement de l'exercice présentent des concentrations plus élevées de certaines espèces bactériennes associées à des bénéfices pour la santé, notamment des espèces qui produisent des acides gras à chaîne courte comme le butyrate. Ces acides gras ne se contentent pas de nourrir la paroi intestinale : ils ont aussi des effets anti-inflammatoires et semblent soutenir la fonction musculaire.
Qui de la poule ou de l'œuf ?
Le défi permanent de ce type de recherche est la question de la direction de causalité. Les personnes qui bougent davantage ont un microbiome différent, mais ce microbiome favorable est-il la conséquence de l'activité, ou une composition microbienne particulière facilite-t-elle le maintien de cette activité ? Les études animales suggèrent que les deux sens peuvent opérer simultanément. Des souris qui reçoivent des greffes fécales de donneurs actifs bougent ensuite davantage et obtiennent de meilleurs résultats aux tests d'endurance. C'est frappant : cela implique que les bactéries intestinales jouent un rôle actif dans la régulation du niveau d'énergie et de la motivation à bouger.
Chez l'humain, des données de ce type n'existent pas encore au même degré. Ce que l'on sait, c'est que la diversité du microbiome intestinal diminue avec l'âge, et que cette diminution s'accompagne d'une plus grande fragilité, d'une inflammation accrue et d'une perte musculaire plus rapide. Plusieurs essais cliniques cherchent actuellement à déterminer si remodeler délibérément le microbiome, par des probiotiques, des prébiotiques ou des changements alimentaires, peut briser cette spirale descendante chez les personnes âgées sédentaires.
L'exercice comme thérapie du microbiome
Ce que ces recherches établissent clairement, c'est au moins que l'intestin n'est pas un simple spectateur passif. Il est en communication permanente avec les muscles, le cerveau et le système immunitaire par des signaux chimiques. Cette communication passe en partie par ses habitants microbiens. L'argument en faveur de la mise en mouvement des personnes âgées gagne ici une dimension supplémentaire : non seulement pour le cœur et les poumons, non seulement pour les os et les muscles, mais aussi comme intervention qui oriente le microbiome dans une direction plus favorable à la santé.
Les questions ouvertes portent sur la spécificité de ce changement et sur l'existence de seuils. Quelle quantité d'exercice faut-il réellement pour produire une modification mesurable du microbiome ? Ce mécanisme fonctionne-t-il aussi bien pour toutes les personnes âgées, ou existe-t-il des groupes chez qui il est quasi inopérant ? Des réponses précises restent, pour l'heure, rares.