Des erreurs de protéines prolongent étonnamment la vie des mouches femelles
Quand des protéines sont fabriquées avec les mauvais composants, les cellules en souffrent en général. Pourtant, des mouches du vinaigre femelles porteuses de ce type d'erreur intégrée vivent plus longtemps. Personne ne sait vraiment pourquoi.
Chaque cellule fabrique en permanence des protéines à partir d'instructions génétiques. Ce processus de traduction, de l'ARN vers la protéine, est normalement très précis. Dans ce qu'on appelle la mauvaise traduction (ou « mistranslation »), de mauvais acides aminés sont incorporés, ce qui produit des protéines qui diffèrent du modèle prévu. Cela devrait être nuisible. En pratique, ce n'est pas toujours le cas.
Des femelles plus longévives, même après l'accouplement
Des chercheurs ont travaillé avec des mouches du vinaigre porteuses de deux types de mutations de mauvaise traduction : l'une remplace la valine par la sérine, l'autre remplace la thréonine par la sérine. L'étude, publiée dans G3 : Genes, Genomes, Genetics, montre que les femelles porteuses de l'une ou l'autre mutation vivent plus longtemps que les femelles témoins. Ce résultat vaut aussi bien pour les femelles vierges que pour les femelles accouplées.
Le résultat chez les femelles accouplées est frappant. La reproduction est coûteuse en énergie et accroît le stress cellulaire. Les chercheurs avaient prédit que combiner reproduction et charge supplémentaire de mauvaise traduction serait délétère. Ce n'est pas le cas. Les femelles accouplées et porteuses de ces mutations vivent en réalité plus longtemps que ce que la simple addition des bénéfices de l'accouplement et de la mauvaise traduction laisserait attendre.
Hormèse ou autre chose ?
Une hypothèse antérieure suggérait que la mauvaise traduction agit comme un facteur de stress modéré, un effet dit hormétique, qui activerait les mécanismes cellulaires de protection et de nettoyage. Cette étude n'apporte guère de soutien à cette idée. La prolongation de la durée de vie ne s'explique ni par une ponte réduite ni par une fertilité moindre. Le bénéfice sur la longévité semble indépendant d'un investissement reproducteur diminué.
Ce qui provoque réellement cet effet reste inconnu. Les résultats sont préliminaires et concernent des mouches. Mais l'idée que les erreurs de synthèse des protéines ne sont pas toujours néfastes, et peuvent parfois être bénéfiques, intéresse la recherche sur le vieillissement au sens large. Elle remet en question le postulat selon lequel une grande précision de la traduction serait toujours la stratégie optimale pour la longévité.
Termes de recherche pour aller plus loin : mistranslation lifespan extension | translational fidelity aging | hormesis proteotoxic stress