Faire vérifier son cœur, du moins cher au plus coûteux
Tension artérielle, ApoB, score calcique, variabilité de la fréquence cardiaque : les façons de faire contrôler son cœur et ses vaisseaux sont nombreuses, mais chaque mesure n'apporte pas la même chose. Ce que chaque examen mesure, ce qu'il coûte en argent ou en irradiation, et jusqu'où l'on peut aller avec une simple consultation chez son médecin généraliste.
Pour savoir où en sont ses vaisseaux, le choix ne manque pas : analyses de sang, appareils grand public, scanners et «horloges biologiques» commerciales sont disponibles en abondance. La solidité des données qui les sous-tendent varie pourtant considérablement. Voici une comparaison des mesures les plus courantes, sur ce qu'elles mesurent réellement et pour qui elles ont du sens. Pour une vue d'ensemble, consulter Cœur & vaisseaux.
Deux valeurs sanguines à demander en plus à son médecin
Un bilan lipidique standard affiche le LDL, mais l'ApoB prédit le risque d'athérosclérose mieux que le LDL, même lorsque celui-ci paraît normal. Des études portant sur plus d'un million de personnes montrent de façon constante que l'ApoB reflète plus directement le nombre de particules à risque en circulation dans le sang. L'analyse est peu coûteuse, nécessite uniquement une prise de sang et peut être prescrite par la plupart des généralistes. Il est utile d'en profiter pour demander aussi la Lp(a) : cette valeur est largement déterminée génétiquement et complète le tableau du risque lipidique.
Une deuxième valeur sous-estimée est la hsCRP, le marqueur sensible de l'inflammation chronique de bas grade. Une hsCRP élevée prédit des problèmes cardiovasculaires sur plusieurs décennies, indépendamment du cholestérol, chez des personnes sans maladie cardiaque connue. Une étude portant sur près de 28 000 personnes confirme qu'il s'agit d'un facteur de risque indépendant, et non d'un épiphénomène lié à d'autres anomalies. Cette analyse a sa place dans un bilan sanguin de base et coûte très peu.
Presque personne ne mesure correctement sa tension artérielle
Une tension artérielle durablement élevée ou très variable augmente de façon démontrée le risque d'accident vasculaire cérébral et d'infarctus, et les données sur ce point sont solides. Une seule mesure au cabinet du médecin n'a cependant pas grande valeur : l'effet blouse blanche et l'hypertension masquée rendent une mesure ponctuelle peu fiable. Prendre sa tension à des horaires fixes sur plusieurs jours à domicile donne un tableau bien plus réaliste, et c'est cette série de mesures qu'il faut discuter avec son médecin.
Pour aller plus loin, une mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures apporte une information supplémentaire utile, en particulier la mesure nocturne. De vastes études relient la tension nocturne à un risque cardiovasculaire accru, et elle reflète le vieillissement des vaisseaux, même si le gain prédictif par rapport à un bon suivi à domicile reste modeste en valeur absolue. La tension artérielle seule ne constitue pas une mesure complète de l'âge biologique, mais c'est l'un des signaux les moins chers et les plus directs dont on dispose.
Le scanner calcique : utile en cas de doute
Le score calcique coronarien (CAC scan) cartographie les dépôts de calcium dans les artères coronaires. Sa valeur clinique se situe aux extrêmes : un score à zéro apporte une réassurance bien fondée et peut justifier de différer un traitement médicamenteux ; un score supérieur à 300 chez une personne sans maladie cardiaque connue est une raison de consulter sérieusement un cardiologue. Pour le grand groupe intermédiaire, le score est moins décisif, et il faut mettre dans la balance le risque d'inquiétude inutile et d'examens complémentaires en cascade.
L'examen n'est pas gratuit, il implique une faible dose de rayonnement et révèle parfois des anomalies fortuites sans rapport avec le cœur, qui déclenchent néanmoins des investigations supplémentaires. Il est préférable de l'utiliser comme outil d'aide à la décision lorsque le profil de risque reste flou après les analyses sanguines, et non comme un contrôle systématique pour toute personne de plus de quarante ans.
La fréquence cardiaque au repos et la VFC sont des signaux, pas un diagnostic
La fréquence cardiaque au repos ne coûte rien à mesurer et en dit plus que la plupart des gens ne l'imaginent. Une fréquence durablement élevée, au-dessus de 80 à 90 battements par minute, est associée à un risque significativement plus élevé de décès prématuré, indépendamment des autres facteurs de risque. La question de savoir si une fréquence cardiaque au repos élevée accélère activement le vieillissement biologique est moins bien établie ; cette hypothèse repose principalement sur des études animales. En pratique, une fréquence élevée persistante est un signal pour travailler sa condition physique. Une fréquence très basse en fin de vie n'est pas non plus automatiquement un bon signe, et peut indiquer un nœud sinusal qui ne fonctionne plus correctement.
La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) mesure la souplesse avec laquelle le système nerveux s'adapte aux sollicitations changeantes de l'organisme. Une VFC élevée est associée à une meilleure santé et à une plus grande résilience, mais c'est un signal, pas une garantie. La respiration lente est le moyen le mieux étayé pour augmenter sa VFC. Les capteurs de VFC intégrés aux montres connectées et aux bagues intelligentes sont pratiques pour suivre des tendances, mais les valeurs absolues varient beaucoup d'un appareil à l'autre et ne sont pas comparables aux valeurs issues des études cliniques.
Ce qu'une horloge épigénétique peut faire, et ce qu'elle apporte concrètement
Les «horloges biologiques» épigénétiques, qui estiment l'âge biologique à partir de la méthylation de l'ADN (une modification chimique qui régule l'activité des gènes sans en modifier la séquence), ont connu un essor considérable ces dernières années. Elles mesurent quelque chose de réel et, dans un contexte de recherche, corrèlent avec le risque de maladie. Les versions commerciales de ces tests restent cependant loin de tenir leurs promesses : la marge d'erreur individuelle est large, il n'existe quasiment pas de valeurs de référence standardisées, et ce que l'on est censé faire du résultat est loin d'être clair. Tant que ces questions n'auront pas de réponse, un dosage de l'ApoB associé à un suivi sérieux de la tension artérielle constitue un investissement bien plus solide pour comprendre sa santé vasculaire.
Ce que l'on peut organiser avec son médecin généraliste
Pour la plupart des personnes de plus de 40 ans, un bilan sanguin de base incluant ApoB, Lp(a) et hsCRP, combiné à des mesures de tension artérielle réalisées à domicile sur plusieurs jours, dresse déjà un tableau fiable. C'est accessible, abordable et cela se demande au médecin traitant. Le scanner calcique apporte le plus de valeur lorsque le profil de risque reste flou après ces analyses sanguines. Fréquence cardiaque au repos et VFC doivent être considérées comme un complément à cette base, non comme un substitut. Les femmes à l'approche de la ménopause ou en cours de ménopause méritent une attention particulière : cette période modifie le profil de risque sur plusieurs plans à la fois, ce qui justifie une conversation personnalisée avec son médecin sur ce que ces valeurs signifient dans leur situation spécifique.