Le développement cérébral précoce façonne les comportements pour toute la vie
Ce qui se passe dans le cerveau au cours des premières semaines suivant la naissance peut modifier durablement les comportements à l'âge adulte. Une nouvelle étude propose un mécanisme concret.
Des chercheurs ont découvert que les oligodendrocytes, cellules qui enveloppent les fibres nerveuses d'une couche de graisse appelée myéline, jouent un rôle déterminant dans la synchronisation de l'activité cérébrale au début du développement. Leurs travaux sont publiés dans eLife.
Chez des souris présentant un déficit en oligodendrocytes au cours des premiers jours de vie, la synchronisation des cellules de Purkinje dans le cervelet s'est trouvée perturbée. Cela a entraîné des troubles durables du comportement moteur, des interactions sociales et des réponses liées à l'anxiété, y compris à l'âge adulte. L'étude montre que cette fenêtre critique se situe précisément avant le sevrage.
La resynchronisation fonctionne, mais partiellement
Les chercheurs ont eu recours à l'optogénétique pour resynchroniser les cellules de Purkinje chez des souris adultes à l'aide d'impulsions lumineuses. Cette technique a permis de restaurer les fonctions motrices et sociales. Les troubles anxieux ont en revanche persisté. Cela suggère que l'anxiété et le comportement moteur sont encodés par des circuits distincts, avec des fenêtres de sensibilité différentes.
Ces résultats éclairent la question des effets à long terme des lésions cérébrales précoces ou des troubles du développement chez l'être humain. Les oligodendrocytes sont de plus en plus associés au déclin cognitif dans les recherches sur le vieillissement : leur fonction se dégrade avec les années, perturbant la vitesse et la coordination de l'activité cérébrale.
Vieillissement et myélinisation
La gaine de myéline entourant les fibres nerveuses se détériore avec l'âge. Ce phénomène ralentit la transmission des signaux et réduit la synchronisation entre les régions cérébrales. Ces travaux montrent que la fonction des oligodendrocytes n'est pas seulement structurale : elle conditionne aussi les schémas comportementaux via la synchronisation de l'activité neuronale.
La transposition de telles interventions de resynchronisation à des humains âgés reste spéculative au regard de cette étude. Mais le fait qu'une désynchronisation à l'âge adulte soit partiellement réversible ouvre une piste pour de futures stratégies thérapeutiques.