Le soja est-il bon pour la santé, ou les phyto-oestrogènes qu'il contient posent-ils problème ?
Les aliments courants à base de soja, comme le tofu, l'edamame et le lait de soja, sont sûrs pour la plupart des adultes en bonne santé et peuvent atténuer modestement les bouffées de chaleur. Les compléments alimentaires à fortes doses sont déconseillés en cas de cancer hormono-dépendant.
Le soja contient des phyto-oestrogènes, appelés isoflavones. Ces molécules ressemblent à l'oestrogène, l'hormone sexuelle féminine, mais agissent de façon fondamentalement différente dans l'organisme. Une vaste méta-analyse portant sur 40 études et plus de 3 200 femmes ménopausées montre qu'à une dose typique de 75 mg par jour, les isoflavones de soja n'ont aucun effet hormonal mesurable sur l'utérus, les taux hormonaux ou les tissus vaginaux1. La crainte que le soja «agisse comme une hormone» ne se confirme donc pas aux quantités habituellement consommées.
Les isoflavones de soja atténuent modestement les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes liées à la ménopause. Fait notable : l'effet est le plus marqué chez les femmes dont les bactéries intestinales produisent une molécule appelée l'équol. Cette capacité n'est pas universelle, ce qui explique pourquoi les résultats varient autant d'une personne à l'autre2,3. Concernant la santé osseuse, les données sont contradictoires : certaines études observent une moindre perte osseuse au niveau de la colonne vertébrale, d'autres non. Les preuves restent insuffisantes pour conclure.
Plusieurs études de population établissent un lien entre une consommation élevée de soja et un risque plus faible de maladies cardiovasculaires. Il s'agit toutefois d'une association, pas d'une relation de cause à effet établie. Le même constat vaut pour le cancer : des études épidémiologiques suggèrent un risque légèrement réduit de cancers du sein et de la prostate chez les personnes qui consomment du soja régulièrement tout au long de leur vie4. Les mécanismes biologiques ne sont pas entièrement élucidés et les preuves ne sont pas définitives.
Quelques points méritent attention. Chez les enfants dont la thyroïde fonctionne déjà de façon diminuée, les isoflavones peuvent freiner davantage son activité ; chez l'adulte en bonne santé, cet effet est négligeable ou absent5. Surtout, en cas de cancer hormono-dépendant, comme certaines formes de cancer du sein ou de la prostate, des doses élevées de compléments alimentaires à base d'isoflavones de soja sont déconseillées. Les aliments courants à base de soja, comme le tofu, l'edamame ou le lait de soja, sont en revanche considérés comme sûrs au regard des données disponibles. Pour les fonctions cognitives ou les troubles urinaires, les preuves que les isoflavones de soja apportent un bénéfice sont encore trop limitées pour se prononcer.
Les preuves reposent sur une grande méta-analyse d'essais randomisés (PMID 39433088, n=3 285), plusieurs revues systématiques et méta-analyses (PMID 33809928, 40725220, 27886135) ainsi que des études observationnelles. Le risque thyroïdien s'appuie sur des preuves limitées (PMID 32824177). Pour le risque de cancer et la santé osseuse, les données sont limitées et en partie contradictoires.