Que fait le manque de sommeil sur le taux de testostérone ?
Une privation totale de sommeil d'un jour ou plus abaisse la testostérone chez les hommes de façon démontrée. Une seule mauvaise nuit a probablement peu d'effet. Un rythme de sommeil régulier est davantage associé à des valeurs saines de testostérone que la durée totale de sommeil à elle seule.
Une privation totale de sommeil d'au moins 24 heures abaisse la testostérone de façon mesurable chez des hommes en bonne santé. Dix-huit études réunies montrent une baisse clairement établie. C'est le lien le plus solide que la recherche ait établi jusqu'ici.
Un manque partiel et de courte durée – le type que la plupart des gens connaissent – ne produit pas d'effet statistiquement mesurable sur la testostérone dans ces mêmes études. La baisse observée était faible et pouvait tenir du hasard. Une mauvaise nuit n'entraîne donc pas d'effondrement hormonal.
Sur le plan biologique, une privation prolongée pourrait agir sur les cellules productrices de testostérone via une élévation du cortisol (l'hormone du stress) et d'autres mécanismes liés au stress. Des associations avec une alimentation très transformée sont aussi évoquées comme facteur défavorable possible. Ce ne sont toutefois que des hypothèses, pas des résultats confirmés par des études chez l'humain.
Un résultat surprenant inverse la logique attendue. Une grande étude génétique portant sur plus de onze mille personnes montre qu'un taux de testostérone plus élevé chez les hommes conduit à dormir moins, et non l'inverse. Cette étude n'a trouvé aucune preuve que le manque de sommeil abaisse la testostérone dans la population générale. Le lien entre mal dormir et moins de testostérone pourrait donc fonctionner dans les deux sens, ou être causé par un troisième facteur commun.
Des situations extrêmes, comme l'entraînement militaire en campagne combinant privation de sommeil, effort intense et alimentation insuffisante, montrent bien des baisses marquées de testostérone. Dans ces conditions, il est toutefois impossible d'isoler le seul effet du manque de sommeil.
Cette réponse s'appuie sur une synthèse de dix-huit études chez des hommes en bonne santé (252 participants au total), une grande étude génétique portant sur plus de onze mille personnes, une étude de population menée auprès de plus de trois mille hommes, et deux articles de synthèse. Les études sur la privation totale de sommeil sont relativement petites, mais leurs résultats sont cohérents. L'étude génétique est la plus solide sur le plan méthodologique et pointe justement dans la direction opposée. Les articles de synthèse décrivent des mécanismes biologiquement plausibles, mais non confirmés chez l'humain. Les auteurs de l'étude de population avertissent eux-mêmes que leurs résultats ne sont pas adaptés à une application clinique.