Un antidépresseur allonge la durée de vie de souris vieillissantes
Un antidépresseur ancien a permis à des souris vieillissantes de vivre non seulement plus longtemps, mais aussi en meilleure santé. Le mécanisme en jeu est précis et bien documenté : la façon dont les cellules gèrent le calcium.
Presque toutes les cellules de l'organisme régulent avec soin les entrées et sorties de calcium. Avec l'âge, cet équilibre se dégrade. Le calcium s'accumule dans le cytoplasme et déclenche une cascade d'événements qui conduit à la sénescence cellulaire : les cellules cessent de se diviser sans pour autant mourir. Elles libèrent alors des molécules de signalisation nocives dans les tissus environnants, un phénomène que les chercheurs appellent SASP (senescence-associated secretory phenotype, soit le sécrétome associé à la sénescence).
De l'accumulation de calcium aux dommages cellulaires
Des chercheurs décrivent dans Nature Communications comment une régulation défaillante du calcium entraîne l'accumulation de la protéine S100A6. Cette protéine active une autre protéine (CacyBP), qui dégrade l'enzyme de réparation de l'ADN PARP1. Sans PARP1 en quantité suffisante, les dommages à l'ADN s'accumulent. Des fragments de chromosomes se retrouvent hors du noyau cellulaire, dans le cytoplasme. Ces fragments déclenchent une réponse d'alarme et activent une voie inflammatoire (cGAS-STING-NF-κB), poussant la cellule à sécréter des facteurs SASP.
La chaîne entière va de l'accumulation de calcium, en passant par la dégradation de protéines et les dommages à l'ADN, jusqu'à la libération de signaux inflammatoires. Les chercheurs ont cherché à savoir si l'une des étapes de cette chaîne pouvait être interrompue.
Un vieil antidépresseur comme molécule candidate
Leur choix s'est porté sur la miansérine, un antidépresseur autorisé depuis longtemps qui bloque des récepteurs de la sérotonine (HTR2B et HTR2C). Via ces récepteurs, la concentration de calcium dans la cellule diminue. Dans des cellules de patients atteints d'un rare trouble du vieillissement prématuré (syndrome de Hutchinson-Gilford, aussi appelé progéria), la miansérine a nettement réduit les marqueurs de sénescence cellulaire. Un effet similaire a été observé dans des cellules de personnes vieillissant normalement.
Chez la souris, les résultats sont frappants. Tant dans un modèle de vieillissement accéléré que chez des souris vieillissant normalement, la miansérine a allongé la durée de vie, d'environ 17 % dans le groupe au vieillissement normal. Des indicateurs mesurables du vieillissement, comme la force musculaire et l'état des tissus, se sont également améliorés. Ces résultats restent toutefois issus de modèles animaux, et il est encore impossible de savoir si un tel effet se produirait chez l'être humain.