La rapamycine permet-elle de vivre plus longtemps en bonne santé ?
La rapamycine allonge de façon démontrable la vie des souris et d'autres animaux, mais rien ne prouve encore, au travers de grands essais cliniques, que l'effet est le même chez l'humain. Ne l'utilise pas sans suivi médical : les effets indésirables sont réels et de nombreux organes n'ont quasiment pas été étudiés chez l'humain.
Chez la souris, la rapamycine est le premier médicament à avoir allongé de façon démontrable la durée de vie maximale, chez les deux sexes. Cet effet a été reproduit dans plusieurs études indépendantes, aussi bien chez la levure, le ver que la mouche. Une réserve s'impose : l'allongement de la vie chez la souris tient probablement en grande partie à la suppression du cancer, première cause de mort dans les souches les plus utilisées. Si le médicament ralentit le vieillissement lui-même, c'est donc moins certain. La rapamycine a aussi amélioré le déclin cognitif lié à l'âge chez la souris.
Le mécanisme est en partie élucidé. La rapamycine augmente la concentration de spermidine dans les cellules. Cette substance, naturellement présente dans l'organisme, active le nettoyage cellulaire : les cellules éliminent leurs composants endommagés. Quand on bloque cette voie dans des modèles animaux, les effets anti-vieillissement disparaissent.
Chez l'humain, le tableau est bien plus prudent. Une méta-analyse portant sur 19 études a mis en évidence des effets favorables sur le système immunitaire, le système cardiovasculaire et la peau. Pour les muscles, le système nerveux et le système hormonal, aucun effet n'a pu être démontré. Les effets sur les reins, les poumons, la digestion et la reproduction n'ont tout simplement pas encore été étudiés. De grands essais cliniques de longue durée font toujours défaut.
La sécurité mérite une attention particulière. Chez des personnes souffrant déjà de maladies liées à l'âge, davantage d'infections et des valeurs de lipides sanguins défavorables ont été signalées. Une enquête menée auprès de 333 personnes prenant la rapamycine en dehors de tout usage officiel a fourni de premiers signaux indiquant qu'elle pourrait être relativement sûre chez des adultes en bonne santé par ailleurs, mais ces données sont auto-déclarées, sans groupe témoin. Un petit essai randomisé (36 participants, 19 abandons) a montré qu'une crème à la rapamycine abaissait des marqueurs du vieillissement cutané et améliorait l'aspect de ta peau ; la taille réduite de l'essai et le nombre élevé d'abandons en limitent toutefois la fiabilité.
Les preuves animales sont solides : plusieurs études indépendantes, plusieurs espèces. Les données humaines se limitent à une méta-analyse de 19 études sans grand essai randomisé contrôlé, un petit essai randomisé sur une crème cutanée et des données d'enquête observationnelles. Aucun essai anti-vieillissement de longue durée n'est disponible chez l'humain. Niveau de preuve : solide chez l'animal, limité chez l'humain.